# Traitement du lumbago par le shiatsu
Le lumbago, cette douleur lombaire aiguë qui peut vous clouer au lit du jour au lendemain, touche environ 80% de la population au moins une fois dans sa vie. Cette affection invalidante, souvent déclenchée par un mouvement brusque ou un effort inhabituel, génère une souffrance intense qui limite considérablement la mobilité. Face à cette problématique de santé publique majeure, le shiatsu thérapeutique offre une approche complémentaire particulièrement efficace. Cette technique manuelle japonaise, reconnue pour ses bienfaits sur les troubles musculo-squelettiques, agit en profondeur sur les mécanismes physiologiques et énergétiques à l’origine de la douleur lombaire. En combinant pressions digitales précises, mobilisations articulaires douces et rééquilibrage énergétique, le praticien shiatsu peut soulager rapidement les symptômes tout en s’attaquant aux causes profondes du déséquilibre.
Physiopathologie du lumbago : mécanismes de la lombalgie aiguë
Le lumbago, également appelé tour de reins, résulte d’une lésion des structures paravertébrales lombaires. Les muscles profonds comme les multifidus, les rotateurs et le carré des lombes subissent des micro-déchirures lors d’un effort inadapté ou d’un mouvement en torsion mal contrôlé. Cette atteinte tissulaire déclenche immédiatement une réaction inflammatoire locale accompagnée d’un spasme musculaire réflexe. Ce mécanisme de protection, destiné à immobiliser la zone lésée, génère paradoxalement une douleur encore plus intense et une raideur handicapante.
La contracture des muscles paravertébraux crée une compression des structures nerveuses locales, amplifiant la transmission des signaux douloureux vers le système nerveux central. Les fibres nociceptives sont stimulées en permanence, entretenant un cercle vicieux douleur-contracture-douleur. Dans certains cas, cette contracture peut également comprimer les racines nerveuses émergentes, provoquant des irradiations douloureuses vers les membres inférieurs, notamment lorsque le nerf sciatique est concerné.
Sur le plan énergétique, selon la Médecine Traditionnelle Chinoise, le lumbago correspond à une stagnation brutale du Qi et du Sang au niveau du méridien de la Vessie et du Rein. Cette obstruction énergétique crée une accumulation locale de type « Plein », tandis que les structures profondes peuvent présenter simultanément une faiblesse de type « Vide ». Cette dualité Plein/Vide explique pourquoi certains lumbagos résistent aux approches purement mécaniques et nécessitent un rééquilibrage énergétique global. Les facteurs psycho-émotionnels, notamment le stress chronique et les peurs profondes, affaiblissent l’énergie du Rein et prédisposent aux blocages lombaires. N’oublions pas que dans la symbolique traditionnelle, le dos représente notre capacité à porter les charges de l’existence et à faire face aux responsabilités.
Principes fondamentaux du shiatsu thérapeutique appliqué aux lombalgies
Le shiatsu thérapeutique repose sur une compréhension holistique du corps humain, intégrant les dimensions physique, énergétique et émotionnelle. Contrairement aux massages occidentaux qui ciblent principalement les tissus musculaires superficiels, le shiatsu agit simultanément sur la structure corporelle et sur la circulation du Qi dans les méridiens. Cette approche globale s’avère particulièrement pertinente
dans la prise en charge du lumbago, car elle permet à la fois de déverrouiller les contractures, de calmer le système nerveux et de restaurer une circulation harmonieuse du Qi dans la région lombaire. Le praticien shiatsu va adapter en permanence la profondeur, le rythme et l’angle de ses pressions en fonction de la phase douloureuse (hyperaiguë, aiguë ou de récupération) et de la constitution de la personne. L’objectif n’est pas seulement de “faire passer la douleur”, mais de redonner au dos sa fonction de soutien, de flexion et de rotation sans appréhension. Vous restez habillé, allongé sur un futon au sol, ce qui permet un travail en sécurité, avec une grande liberté de positionnement pour ménager la zone lombaire tout en restant efficace.
Les méridiens du rein et de la vessie dans le traitement des douleurs lombaires
En Médecine Traditionnelle Chinoise, le bas du dos est intimement lié au système Rein/Vessie. Le méridien du Rein, profond, nourrit les os, la moelle et la force de la colonne vertébrale. Le méridien de la Vessie, quant à lui, longe toute la colonne en deux branches parallèles de chaque côté des apophyses épineuses et contrôle l’ensemble de la chaîne musculaire paravertébrale. Lors d’un lumbago, ces méridiens se comportent comme une autoroute saturée : la circulation du Qi et du Sang se bloque, la zone chauffe, gonfle, se contracte et devient extrêmement douloureuse.
Le shiatsu thérapeutique sur le lumbago va donc prioritairement cibler ces deux trajets énergétiques. Par des pressions rythmées et progressives sur le méridien de la Vessie, le praticien “décompacte” les tissus, dissipe la stagnation et favorise l’évacuation des métabolites inflammatoires. En parallèle, le travail sur le méridien du Rein, notamment au niveau des chevilles, des malléoles et de la face interne des jambes, va tonifier la profondeur, soutenir la vitalité et sécuriser le bas du dos. Vous ressentez alors à la fois un apaisement local et une sensation de recentrage global, comme si l’on reforgait peu à peu votre “charpente” interne.
Localisation des tsubos essentiels : BL23, BL25 et GV4
Certains points d’acupression (tsubos) sont particulièrement stratégiques dans le traitement du lumbago par shiatsu. Le point BL23, appelé Shenshu, est le point Shu du Rein. Il se situe à environ deux largeurs de doigt de part et d’autre de l’espace entre L2 et L3. Ce point nourrit la profondeur, renforce la structure osseuse et apaise les douleurs lombaires liées à une fatigue chronique ou à un surmenage. BL25, Dachangshu, point Shu du Gros Intestin, se projette en regard de L4 et agit davantage sur les stagnations aiguës, les blocages brutaux, les tours de reins après effort ou faux mouvement.
Le point GV4, Mingmen (“Porte de la Vie”), situé sur la ligne médiane entre L2 et L3, est considéré comme un véritable “disjoncteur” énergétique du bas du dos. En shiatsu, il est souvent abordé de manière indirecte, par des pressions douces et enveloppantes autour du point, surtout en phase aiguë de lumbago. Travailler BL23, BL25 et GV4 revient à agir sur les trois niveaux : structure (os et articulations), fonction (muscles et ligaments) et énergie vitale (Qi du Rein). Le praticien peut combiner pressions stationnaires, micro-rotations et légères vibrations sur ces zones, en se synchronisant avec votre respiration pour favoriser un relâchement profond et éviter toute réaction défensive.
Techniques de pression palmaire et digitale selon tokujiro namikoshi
Le style Namikoshi, l’un des grands courants du shiatsu moderne, met l’accent sur des pressions perpendiculaires, stables et progressives, effectuées principalement avec les pouces et les paumes. Dans le contexte du lumbago, cette précision est essentielle pour doser la stimulation sans réveiller la douleur. Le praticien commence généralement par des pressions palmaires larges sur les muscles paravertébraux et les fessiers, afin de “pré-chauffer” la zone, d’évaluer la sensibilité et de rassurer le système nerveux. Ces contacts enveloppants agissent comme une main posée sur un interrupteur dimmable : on augmente lentement l’intensité pour ne jamais dépasser le seuil de tolérance.
Ensuite, des pressions digitales plus ponctuelles, selon le schéma Namikoshi des 660 points, ciblent les tsubos les plus réactifs autour des vertèbres lombaires, des crêtes iliaques et du sacrum. Chaque pression est maintenue quelques secondes, puis relâchée en douceur, créant une alternance de stimulation et de détente qui favorise la micro-circulation locale. Vous pouvez ressentir une chaleur diffuse, des picotements agréables ou une sensation de “fonte” des tensions. Namikoshi insistait sur le fait que “le pouce pense et écoute” : le praticien ajuste en permanence son geste en fonction de la réponse tissulaire, ce qui rend le traitement du lumbago à la fois très précis et très sécurisant.
Protocole de mobilisation du bassin et étirement des méridiens Tendino-Musculaires
Au-delà des pressions, le traitement shiatsu du lumbago inclut des mobilisations articulaires douces du bassin et des étirements des méridiens Tendino-Musculaires (MTM). Ces MTM représentent la couche “mécanique” des méridiens, reliée aux muscles, fascias et ligaments. Lorsque vous souffrez d’un lumbago, les MTM du Rein, de la Vessie, mais aussi de la Vésicule Biliaire et du Foie sont souvent raccourcis et hypertoniques. Comme une toile de tente mal tendue, un déséquilibre sur une hanche ou un ischio-jambier va se répercuter directement sur la région lombaire.
Le praticien va donc travailler le bassin en micro-mouvements : bascules antérieures et postérieures, légères rotations, traction douce des membres inférieurs pour décomprimer l’articulation coxo-fémorale. Ces gestes, toujours réalisés dans une amplitude confortable, permettent de redonner de la mobilité sans forcer. Parallèlement, des étirements progressifs des chaînes postérieures (ischio-jambiers, fessiers, fascia thoraco-lombaire) viennent “désengorger” la lombaire en la libérant des tractions excessives. Vous avez parfois l’impression qu’on “déplisse” votre dos de la jambe jusqu’au sacrum, comme on retendrait lentement une corde trop raide.
Séquence thérapeutique shiatsu pour soulager le lumbago en position latérale
En phase aiguë de lumbago, la position ventrale est souvent impossible ou trop douloureuse. La position latérale devient alors une alliée précieuse : elle permet de maintenir la colonne dans une courbure neutre, de soutenir les genoux avec un coussin et de détendre la musculature lombaire. Le shiatsu en décubitus latéral offre un accès idéal à la chaîne paravertébrale, au carré des lombes, aux fessiers et aux hanches, tout en préservant votre confort. Le praticien ajuste la hauteur des coussins, la flexion des jambes et l’alignement tête-bassin pour que vous puissiez relâcher complètement le dos.
Cette séquence commence généralement par un travail d’apaisement global (respiration guidée, pressions légères sur les épaules et le thorax) avant de se concentrer progressivement sur la zone lombaire. L’objectif est de réduire la douleur rapidement, de casser le spasme musculaire réflexe et de restaurer une mobilité minimale sans réveiller les symptômes. Vous êtes invité à signaler à tout moment la moindre gêne importante, afin que le praticien adapte sa technique : le shiatsu thérapeutique sur le lumbago reste toujours collaboratif et respectueux de vos limites.
Pressions sur la chaîne paravertébrale lombaire et le point BL40 weizhong
En position latérale, le praticien accède facilement aux deux lignes du méridien de la Vessie situées le long des lombaires. Il commence par des pressions palmaires glissées depuis la région dorsale vers le sacrum, en suivant la respiration, pour “ouvrir” en douceur la zone. Puis, à l’aide des pouces ou des phalanges, il applique des pressions plus ponctuelles de part et d’autre des apophyses épineuses, en restant toujours à distance de la ligne médiane pour ne pas irriter la colonne elle-même. Ces pressions sont réalisées de manière séquentielle : un côté, puis l’autre, afin de respecter la symétrie et de détecter les éventuels déséquilibres.
Le point BL40, Weizhong, situé au centre du pli poplité, est un tsubo clé pour soulager les lombalgies aiguës. En MTC, il est considéré comme le “point maître” du dos, capable de drainer la chaleur et les stagnations de la région lombaire vers les membres inférieurs. Le praticien va donc souvent compléter le travail local par des pressions profondes mais progressives sur BL40, sur une ou les deux jambes selon le côté le plus atteint. Vous pouvez ressentir un tiraillement qui descend dans la jambe ou, au contraire, une sensation de décharge qui remonte vers le bas du dos, signe que la circulation du Qi se réorganise.
Travail du muscle carré des lombes et des rotateurs profonds
Le muscle carré des lombes, situé en profondeur entre la 12e côte et la crête iliaque, joue un rôle majeur dans la stabilité du rachis. Lors d’un lumbago, il se contracte comme un “étau” qui verrouille toute la région lombo-sacrée. En position latérale, le praticien peut accéder à ce muscle par la face latérale du tronc, juste au-dessus de la hanche. À l’aide de la paume, du bord cubital de la main ou de l’avant-bras, il applique des pressions obliques dirigées vers l’intérieur, combinées à de légères oscillations pour éviter tout effet de “coup de poignard”.
Les rotateurs profonds (multifidus, rotatores, intertransversaires) sont également pris en charge par des micro-pressions entre les masses musculaires paravertébrales. Le travail se fait lentement, segment par segment, parfois en demandant au receveur de réaliser de petites actions musculaires (pousser légèrement le bassin, respirer dans une zone précise) pour faciliter le relâchement. On peut comparer cette phase à un réglage fin de chaque vertèbre, comme si l’on vérifiait une à une les vis d’une charnière de porte pour qu’elle s’ouvre à nouveau sans grincer ni bloquer.
Stimulation du point BL60 kunlun pour la libération des tensions
Le point BL60, Kunlun, se trouve en arrière de la malléole externe, dans un petit creux entre la malléole et le tendon d’Achille. C’est un point majeur pour les douleurs du rachis lombaire et cervical, souvent utilisé en acupuncture et en shiatsu pour “faire circuler” le méridien de la Vessie sur toute sa longueur. Dans le traitement du lumbago, BL60 agit comme une soupape de décompression : en le stimulant, on ouvre une porte d’évacuation à distance de la zone enflammée, ce qui permet de réduire la pression ressentie dans le bas du dos.
Le praticien peut travailler BL60 en pression stationnaire (pouce ou index), en petites rotations ou en technique de “pompage” rythmée, toujours adaptée à votre seuil de confort. Ce travail est souvent associé à des mobilisations douces de la cheville et du pied, pour engager la chaîne postérieure de façon globale. Nombre de receveurs décrivent après cette stimulation une sensation d’allègement dans les jambes et un dos “moins serré”, comme si l’on avait ouvert un barrage pour laisser enfin l’eau s’écouler.
Intégration des techniques de rotation du sacrum et mobilisation coxo-fémorale
La région du sacrum est au cœur de la biomécanique lombaire : une légère rotation ou bascule sacro-iliaque peut suffire à déclencher ou entretenir un lumbago. En position latérale, le praticien place souvent une main sur le sacrum et l’autre sur la hanche ou le fémur, afin de réaliser de petites rotations contrôlées. Ces mouvements, de très faible amplitude, visent à redonner de la mobilité à l’articulation sacro-iliaque sans provoquer de “cracking” soudain. Ils sont toujours précédés d’un travail de relâchement des fessiers et des muscles pelvitrochantériens pour ne pas forcer sur des tissus encore contractés.
La mobilisation coxo-fémorale (hanche) se fait par des mouvements de flexion, d’extension et de rotation externe/interne, dans des angles confortables. L’objectif est de rééquilibrer le jeu de la hanche avec celui du bassin, afin que la lombaire ne soit plus obligée de compenser en permanence. Imaginez un tabouret à trois pieds : si l’un est plus court ou plus rigide, tout le poids se reporte sur les autres. En harmonisant hanche, sacrum et lombaire, le shiatsu permet de redistribuer les charges de façon plus homogène, ce qui diminue considérablement les douleurs et le risque de récidive.
Protocole shiatsu en décubitus ventral pour les contractures lombo-sacrées
Lorsque la phase hyperaiguë est passée et que la douleur le permet, le travail en décubitus ventral (allongé sur le ventre) devient particulièrement intéressant pour traiter en profondeur les contractures lombo-sacrées. Cette position offre un accès direct aux deux lignes du méridien de la Vessie, aux muscles paravertébraux, aux fessiers et au sacrum. Le praticien veille toutefois à aménager le positionnement : coussin sous le bassin pour réduire la lordose lombaire, appui confortable pour la tête, éventuellement coussin sous les chevilles pour diminuer la tension sur les ischio-jambiers.
Le protocole commence souvent par un balayage global du dos, de la nuque au sacrum, avec des pressions palmaires et des bercements pour connecter l’ensemble de la colonne. Puis, peu à peu, le focus se resserre sur la zone lombo-sacrée, en alternant travail local et points à distance (genoux, mollets, pieds) pour ne pas “saturer” le bas du dos. Le rythme est fondamental : des pressions régulières, comparables à une respiration tactile, aident le système nerveux à sortir de l’état d’alerte lié à l’épisode aigu de lumbago.
Pression longitudinale le long du méridien de la vessie : trajets interne et externe
Le méridien de la Vessie se divise en deux trajets parallèles de chaque côté de la colonne : un trajet interne, plus proche des apophyses épineuses, et un trajet externe, situé près de la bordure interne de l’omoplate au niveau dorsal et à deux travers de doigt de la ligne médiane au niveau lombaire. En shiatsu, le travail longitudinal sur ces deux lignes se fait généralement de haut en bas, puis de bas en haut, à l’aide des pouces, des paumes ou même des coudes dans les phases plus chroniques (jamais en phase aiguë).
Cette pression longitudinale agit comme un “repassage” du dos : elle lisse les tensions, repère les points de résistance et favorise une meilleure répartition des charges. Sur le lumbago, le praticien adapte la profondeur en fonction de la réactivité tissulaire, pouvant se contenter de pressions superficielles au début, puis approfondir progressivement au fil des séances. L’association de ce travail longitudinal avec des mobilisations du bassin et des membres inférieurs permet de rétablir la continuité de la chaîne postérieure, souvent fragmentée par la douleur et le réflexe de protection.
Activation des points shu du dos : BL20, BL21 et leur rôle dans l’antalgie
Les points Shu du dos sont des zones de correspondance entre la surface dorsale et les organes internes. Parmi eux, BL20 (Pishu, point Shu de la Rate) et BL21 (Weishu, point Shu de l’Estomac) jouent un rôle clé dans le soutien de l’énergie globale et la gestion de la douleur. Bien que situés plus haut que la région lombaire (niveau T11-T12), leur activation a un impact indirect mais puissant sur le lumbago. En tonifiant la Rate et l’Estomac, on améliore la transformation des liquides et du Sang, on réduit la tendance à la stagnation et on renforce le “centre” du corps, ce qui soulage la charge pesant sur le bas du dos.
Sur le plan neurophysiologique, le travail sur BL20 et BL21 stimule également la région médio-dorsale, riche en récepteurs proprioceptifs et en afférences vers le système nerveux autonome. Les pressions rythmées sur ces points ont un effet de régulation sympathique/parasimpathique, favorisant une meilleure gestion de la douleur et une réduction du tonus musculaire excessif. En pratique, le praticien les intègre souvent dans le protocole lumbago, même si vous ne les percevez pas directement comme “la zone qui fait mal”. C’est cette vision globale, au-delà de la seule lombaire, qui fait la spécificité du shiatsu thérapeutique.
Techniques de bercement pelvien et étirement fascial lombaire
Pour traiter les contractures lombo-sacrées, les techniques de bercement pelvien occupent une place centrale. Le praticien place ses mains sur les crêtes iliaques ou le sacrum et imprime de petits mouvements de va-et-vient, de rotation ou de translation, à un rythme lent et régulier. Ces bercements agissent à plusieurs niveaux : ils relâchent les ligaments sacro-iliaques, réorganisent la tension des fascias lombaires et envoient au système nerveux un signal de sécurité, comme un “reset” postural. Beaucoup de personnes décrivent à ce moment-là une sensation de profonde détente, parfois accompagnée de soupirs ou de respirations plus amples.
Les étirements fasciaux lombaires complètent ce travail en ciblant les enveloppes conjonctives qui relient les lombaires aux fessiers, au grand dorsal et aux ischio-jambiers. Le praticien peut, par exemple, saisir doucement la peau et le fascia au-dessus des hanches et les faire glisser en direction des côtes ou du sacrum, ou encore combiner une traction sur les cuisses avec une pression opposée sur le sacrum. L’idée n’est pas de créer un étirement maximal, mais plutôt de redonner de la souplesse à une “combinaison” fasciale devenue trop serrée. Au fil des séances, cette approche diminue la fréquence des épisodes de lumbago et permet au dos de mieux encaisser les contraintes du quotidien.
Contre-indications et précautions cliniques du shiatsu en phase aiguë
Même si le shiatsu est une approche douce et non invasive, certaines situations exigent une grande prudence, voire une abstention temporaire. En cas de lumbago, il est indispensable d’éliminer d’abord les causes graves : fracture, infection, tumeur, syndrome de la queue de cheval, fièvre inexpliquée, traumatisme violent récent. Des signes d’alerte comme une perte de contrôle des sphincters, une faiblesse musculaire importante dans une jambe, des douleurs nocturnes continues ou une perte de poids inexpliquée imposent une consultation médicale urgente avant toute séance de shiatsu. Le praticien formé saura repérer ces “drapeaux rouges” et vous orienter vers le médecin si nécessaire.
En phase hyperaiguë, lorsque chaque mouvement déclenche une douleur électrique et qu’il vous est difficile de vous mettre en position allongée, le travail shiatsu se limitera à des interventions très périphériques : respiration, points à distance (comme BL40, BL60, KI3), légers bercements des chevilles ou des poignets. Aucune pression directe, profonde ou prolongée ne sera exercée sur la zone lombaire enflammée, afin de ne pas majorer l’inflammation. On recherchera surtout un effet antalgique global, une réduction du stress et une aide à la détente, en attendant que la phase la plus aiguë se calme sous l’effet du repos et, si besoin, du traitement médical.
Autres précautions importantes : éviter le shiatsu sur le bas du dos en cas de grossesse avancée sans formation spécifique du praticien, de pathologies cutanées locales (infection, plaies, zona), ou de troubles de la coagulation importants (anticoagulants forts, hémophilie). En présence d’une hernie discale confirmée, le shiatsu reste possible mais doit être adapté : pas de pressions directes sur le niveau herniaire, pas de torsions forcées, beaucoup de travail à distance et sur le relâchement global. Dans tous les cas, le praticien agit en complémentarité avec le suivi médical, jamais en substitution, et ajuste sa stratégie à chaque séance en fonction de l’évolution de votre lumbago.
Complémentarité du shiatsu avec l’ostéopathie et la kinésithérapie dans la prise en charge multimodale
Le traitement du lumbago ne se résume pas à une seule technique : les recommandations actuelles insistent sur l’importance d’une prise en charge multimodale combinant approche médicale, rééducation, activité physique adaptée et, de plus en plus, thérapies manuelles complémentaires. Dans ce contexte, le shiatsu s’articule très bien avec l’ostéopathie et la kinésithérapie. L’ostéopathie va principalement se concentrer sur les restrictions de mobilité articulaire (bassin, sacrum, lombaires, hanches) et proposer des manipulations structurelles ou fonctionnelles ciblées. La kinésithérapie, quant à elle, va vous guider dans le renforcement musculaire, le travail postural et la reprise progressive des activités.
Le shiatsu trouve naturellement sa place à côté de ces approches en agissant sur le versant énergétique, neuro-végétatif et myofascial. Il peut, par exemple, préparer le terrain avant une séance d’ostéopathie en relâchant les muscles paravertébraux et en diminuant l’appréhension, ce qui rend les mobilisations plus faciles et plus douces. À l’inverse, il peut être utilisé après une phase de rééducation kinésithérapique pour consolider les résultats, améliorer la perception corporelle et aider à intégrer de nouvelles habitudes posturales. Vous bénéficiez ainsi d’un accompagnement global, où chaque professionnel apporte sa pierre à l’édifice.
De plus en plus d’études montrent l’intérêt de combiner travail biomécanique, techniques de gestion du stress et approches centrées sur le patient pour réduire le risque de chronicisation des lombalgies. Le shiatsu, par son action profonde sur le système nerveux autonome, contribue à diminuer le stress, l’anxiété et la charge mentale souvent associée au mal de dos. Il vous aide à vous reconnecter à vos sensations, à écouter vos limites et à ajuster votre mode de vie (sommeil, activité physique, ergonomie au travail) pour prévenir les rechutes. En ce sens, le traitement du lumbago par le shiatsu n’est pas seulement une technique de soulagement, mais un véritable levier de changement durable dans votre relation à votre dos et à votre corps tout entier.
