La constipation touche près de 35% de la population française, particulièrement les femmes, et représente un défi thérapeutique majeur dans nos sociétés modernes. Cette affection, bien qu’elle ne soit pas considérée comme une maladie à proprement parler, peut avoir des répercussions significatives sur la qualité de vie : fatigue chronique, douleurs abdominales, ballonnements, impact sur le moral, et dans les cas les plus graves, risque d’occlusion intestinale. Face aux limites des traitements conventionnels, notamment la dépendance aux laxatifs, le shiatsu émerge comme une alternative thérapeutique prometteuse, s’appuyant sur une approche holistique qui considère l’individu dans sa globalité physique, émotionnelle et énergétique.
Mécanismes physiologiques de la constipation et approche énergétique du shiatsu
La constipation résulte d’un ralentissement du transit intestinal où les résidus alimentaires stagnent trop longtemps dans le côlon. Cette stagnation entraîne une absorption excessive d’eau, rendant les selles dures et difficiles à évacuer. Le shiatsu aborde cette problématique sous un angle différent de la médecine occidentale, en considérant que les troubles digestifs reflètent un déséquilibre énergétique global de l’organisme.
Dysfonctionnements du système nerveux entérique et blocages énergétiques
Le système nerveux entérique, souvent appelé « deuxième cerveau », contient plus de 500 millions de neurones qui régulent les fonctions digestives de manière autonome. En médecine traditionnelle chinoise, cette régulation correspond à la circulation harmonieuse du Qi (énergie vitale) dans les méridiens associés à la digestion. Lorsque cette circulation est perturbée par le stress, les tensions émotionnelles ou les déséquilibres physiques, le péristaltisme intestinal se ralentit, favorisant l’apparition de la constipation.
Le shiatsu agit directement sur ces blocages énergétiques en appliquant des pressions spécifiques le long des méridiens. Cette stimulation réactive la communication entre le système nerveux central et le système nerveux entérique, restaurant ainsi les mécanismes naturels de propulsion intestinale. Les praticiens observent régulièrement une amélioration du transit dès les premières séances, témoignant de l’efficacité de cette approche sur les dysfonctionnements neurovégétatifs.
Relation entre méridiens de la Rate-Pancréas et du gros intestin dans la digestion
Dans la théorie énergétique chinoise, la digestion implique principalement trois systèmes d’organes : l’Estomac, la Rate-Pancréas et le Gros Intestin. Le méridien de la Rate-Pancréas gouverne la transformation et le transport du bol alimentaire, tandis que le méridien du Gros Intestin assure l’évacuation des déchets. Lorsque l’énergie de la Rate est affaiblie par un surmenage mental, des soucis excessifs ou une alimentation déséquilibrée, la fonction de transformation s’altère, créant des accumulations qui perturbent le transit.
Le méridien du Gros Intestin, associé à l’élément Métal selon la théorie des Cinq Éléments, régit non seulement l’évacuation physique mais aussi la capacité psychologique au lâcher-prise. Cette dimension psychosomatique explique pourquoi la constipation accompagne souvent les périodes de stress, d’anxiété ou de difficultés à accepter les changements. Le shiat
su agit donc à la fois sur la dimension organique et sur cette capacité intérieure à « laisser partir », ce qui en fait un outil particulièrement intéressant pour les constipations liées au stress, à la rumination mentale et aux périodes de transition de vie.
Points de pression spécifiques : sanyinjiao (rate 6) et tianshu (estomac 25)
Deux points sont particulièrement utilisés en shiatsu pour traiter la constipation : Sanyinjiao (Rate 6) et Tianshu (Estomac 25). Sanyinjiao, situé à l’intérieur de la jambe, à environ trois travers de doigt au-dessus de la malléole interne, est un point clé de régulation de la Rate-Pancréas, du Foie et du Rein. En agissant sur ce carrefour énergétique, le praticien soutient la transformation des aliments, l’humidification des selles et la régulation globale du système digestif.
Tianshu, placé de part et d’autre du nombril, à environ deux travers de doigt latéralement, est considéré comme le « point maître » des intestins. Sa stimulation en shiatsu permet de relancer le péristaltisme, de diminuer les ballonnements et de soulager les douleurs liées à la stagnation dans le côlon. En pratique, ces deux points sont souvent travaillés conjointement, dans un protocole qui associe pressions profondes, relâchement progressif et écoute des réactions du ventre.
Pour vous donner une image, on pourrait comparer Sanyinjiao à un « poste de commande » qui relance l’alimentation en énergie de la digestion, tandis que Tianshu agit comme un « carrefour routier » où l’on fluidifie la circulation. Certains praticiens enseignent même aux patients une version très douce d’auto-pression sur ces zones, à pratiquer entre les séances, afin de prolonger les effets du shiatsu et de développer une meilleure conscience de leur ventre.
Théorie des cinq éléments et l’élément métal dans les troubles intestinaux
Selon la théorie des Cinq Éléments, le Gros Intestin et le Poumon appartiennent à l’élément Métal. Cet élément est associé à l’automne, à la capacité de trier, d’éliminer et de conserver l’essentiel. Sur le plan émotionnel, il est lié à la tristesse, au chagrin et à la difficulté à faire le deuil du passé. Lorsque l’élément Métal est en déséquilibre, la personne peut avoir du mal à se détacher de situations révolues, à poser des limites ou à accepter le changement, ce qui se traduit souvent, dans le corps, par une tendance à la constipation.
Le shiatsu permet d’harmoniser l’élément Métal en travaillant à la fois sur le méridien du Poumon (souvent en lien avec la respiration haute, le souffle court) et sur le méridien du Gros Intestin (blocages au niveau du transit, tension dans le bas-ventre). En restaurant un mouvement harmonieux « d’entrée et de sortie » – inspir/expir, assimilation/évacuation – le praticien aide le corps à retrouver sa capacité naturelle à lâcher ce qui n’est plus utile. N’avez-vous jamais remarqué à quel point il est plus facile de « digérer » un événement lorsque l’on respire mieux et que l’on se sent plus ancré ?
Dans cette perspective, la constipation n’est pas seulement un problème de selles trop sèches ou de transit paresseux ; elle devient le reflet d’un Métal qui peine à se renouveler. Le travail en shiatsu sur les zones du haut du dos, de la cage thoracique et de l’abdomen, complété par des conseils de respiration ventrale, participe à rééquilibrer cet élément. L’objectif n’est pas seulement de stimuler le transit, mais d’aider la personne à retrouver une relation plus fluide au changement et à la notion de lâcher-prise.
Techniques spécifiques de shiatsu pour stimuler le transit intestinal
Sur le plan pratique, le shiatsu anti-constipation repose sur un ensemble de techniques ciblées qui agissent sur les méridiens, la mobilité des tissus et la détente neurovégétative. Le praticien adapte toujours ses gestes à la constitution, à l’âge et à la sensibilité du receveur, mais certaines séquences reviennent fréquemment lorsque l’objectif est d’améliorer le transit intestinal et de soulager la constipation chronique.
Protocole de pression sur le méridien du gros intestin : de shangyang à yingxiang
Le méridien du Gros Intestin débute au coin de l’ongle de l’index (Shangyang, GI 1) pour remonter le long du bras, de l’épaule et du cou, et se terminer au niveau de l’aile du nez (Yingxiang, GI 20). Dans un protocole destiné à traiter la constipation, le praticien parcourt ce méridien avec des pressions rythmées, généralement du bout des pouces, en suivant le trajet depuis la main jusqu’au visage. Ce travail, qui peut sembler éloigné du ventre, agit pourtant puissamment sur la fonction d’élimination intestinale.
En stimulant successivement les points du méridien du Gros Intestin, le shiatsuki régule l’énergie de l’élément Métal et harmonise la relation entre le Poumon et le Gros Intestin. Les zones de tension, de sensibilité ou de « vides » énergétiques sont identifiées puis travaillées plus en profondeur, avec des pressions lentes et maintenues sur plusieurs respirations. On observe souvent, au fil de la séance, un relâchement des épaules, une respiration plus ample et une sensation de chaleur qui descend dans le bas-ventre.
Pour le patient, ce protocole de bras peut être vécu comme une « préparation du terrain » avant le travail direct sur l’abdomen. Il permet d’induire un état de détente globale du système nerveux et d’ouvrir la voie à une meilleure circulation du Qi vers la zone intestinale. En pratique, ce trajet de Shangyang à Yingxiang est souvent combiné à des mobilisations douces de la ceinture scapulaire et du cou, pour libérer les blocages qui freinent la libre circulation de l’énergie Métal.
Massage abdominal selon la méthode ampuku traditionnelle
Le travail direct sur le ventre, inspiré de la méthode japonaise Ampuku, occupe une place centrale dans le traitement shiatsu de la constipation. L’Ampuku est un ensemble de techniques de pression, de pétrissage et de mobilisation douce appliquées sur l’abdomen, toujours dans le respect du confort du receveur. Le praticien commence par un contact léger, afin de « rencontrer » le ventre, de sentir les zones de froid, de tension, de vide ou de plénitude, puis approfondit progressivement ses gestes.
Les mouvements suivent généralement le trajet physiologique du côlon : remontée sur le côté droit (côlon ascendant), passage sous les côtes (côlon transverse), descente sur le côté gauche (côlon descendant) et retour vers le bas-ventre. Cette progression rappelle le sens des aiguilles d’une montre, que l’on retrouve d’ailleurs dans les conseils d’auto-massage abdominal. En shiatsu, les pressions sont réalisées avec les paumes, les pouces ou parfois les avant-bras, en alternant phases de stimulation et phases de pause pour laisser le corps intégrer les informations.
Beaucoup de personnes décrivent ce massage du ventre comme un « grand nettoyage intérieur », tant sur le plan physique qu’émotionnel. Il n’est pas rare que des gargouillis (bruits péristaltiques) apparaissent pendant la séance, signe que le système digestif se remet en mouvement. Dans le cas de constipations anciennes, le praticien proposera souvent un cycle de plusieurs séances rapprochées d’Ampuku, afin d’agir en profondeur sur les tensions des tissus, les adhérences éventuelles et les habitudes de verrouillage du diaphragme et du plancher pelvien.
Stimulation des points hegu (gros intestin 4) et zusanli (estomac 36)
Le point Hegu (GI 4), situé entre le pouce et l’index, est l’un des points les plus connus en médecine orientale. En shiatsu, il est utilisé pour de nombreuses indications, notamment les douleurs, les maux de tête et les troubles ORL, mais aussi pour son action régulatrice sur le Gros Intestin. Sa pression, ferme mais dosée, aide à faire circuler le Qi dans tout le trajet du méridien, et donc à lever les stagnations responsables de certains types de constipation.
Zusanli (E 36), situé à environ quatre travers de doigt sous la rotule et un travers de doigt en dehors du tibia, est souvent décrit comme le « point de longévité » dans la tradition chinoise. Il tonifie l’Estomac et la Rate, renforce l’énergie générale et harmonise la digestion. Dans une séance de shiatsu visant la constipation, la stimulation de Zusanli contribue à améliorer la transformation des aliments, à lutter contre la fatigue digestive et à soutenir le tonus du tube digestif.
Travaillés ensemble, Hegu et Zusanli forment une sorte de « pont énergétique » entre la phase d’assimilation (Estomac-Rate) et la phase d’élimination (Gros Intestin). On peut les comparer aux deux extrémités d’une chaîne logistique : si l’un des deux maillons est faible, l’ensemble du processus s’en ressent. Certains praticiens apprennent également à leurs patients un automassage simple de ces points, par pressions circulaires de quelques minutes, à réaliser quotidiennement en complément des séances pour potentialiser le travail sur le transit.
Application des techniques de rotation et étirement du système digestif
Au-delà des pressions statiques, le shiatsu utilise des techniques de rotation douce et d’étirement global pour agir sur les viscères et les fascias qui les entourent. En mobilisant le bassin, la colonne lombaire et la cage thoracique, le praticien crée des mouvements en torsion qui viennent « essorer » délicatement la zone abdominale. Ces mouvements, réalisés en synchronisation avec la respiration, favorisent la détente profonde des muscles lisses intestinaux et la relance du péristaltisme.
On peut comparer ces techniques à un mouvement de balancier qui remet en circulation un liquide stagnant dans un récipient. En pratique, le receveur est allongé sur le dos ou sur le côté, et le shiatsuki accompagne ses jambes, son bassin ou ses épaules dans des rotations lentes et amples. Ce travail global permet de libérer les tensions des attaches ligamentaires des intestins, souvent méconnues, mais pourtant très impliquées dans les sensations de lourdeur, de blocage ou de tiraillement au niveau du bas-ventre.
Ces techniques d’étirement sont particulièrement intéressantes pour les personnes qui ont un mode de vie sédentaire, restent assises de longues heures ou présentent une hyperlordose lombaire. En redonnant de la mobilité à l’ensemble de la charpente musculo-squelettique, le shiatsu crée un environnement mécanique plus favorable au bon fonctionnement du système digestif. Couplées à un travail sur la respiration ventrale, elles aident le corps à retrouver un rythme plus naturel et plus fluide d’élimination.
Preuves scientifiques et études cliniques sur l’efficacité du shiatsu digestif
Les recherches scientifiques sur le shiatsu restent encore limitées par rapport à d’autres approches comme l’acupuncture, mais plusieurs études commencent à documenter ses effets sur les troubles digestifs, notamment la constipation. Des travaux pilotes réalisés au Japon et en Europe ont montré que des protocoles de shiatsu abdominal, pratiqués une à deux fois par semaine pendant quelques semaines, permettent de réduire significativement la fréquence des épisodes de constipation fonctionnelle, d’augmenter le nombre de selles hebdomadaires et d’améliorer la consistance des selles.
Dans certaines études menées en milieu hospitalier, le shiatsu a été intégré comme soin de support auprès de patients atteints de cancer, souffrant de constipation liée aux traitements chimiothérapeutiques ou à la prise d’antalgiques opioïdes. Les résultats indiquent une diminution des douleurs abdominales, des ballonnements et une réduction de l’usage de laxatifs, sans effets secondaires notables. Bien que ces travaux impliquent souvent de petits échantillons, ils vont tous dans le sens d’une amélioration du confort digestif et de la qualité de vie.
Il est important de souligner que, d’un point de vue scientifique, le shiatsu est encore considéré comme une thérapie complémentaire, et non comme un traitement de première ligne de la constipation sévère ou organique. Cependant, ses effets sur la réduction du stress, la modulation du tonus neurovégétatif et la détente musculaire abdominale constituent des mécanismes plausibles, déjà bien documentés dans d’autres contextes. De plus en plus de soignants s’y intéressent donc comme approche intégrative, à associer à une prise en charge médicale classique.
Pour les praticiens comme pour les patients, l’enjeu est d’adopter une attitude nuancée : ne pas surévaluer le shiatsu comme remède miracle, mais reconnaître son potentiel réel pour les constipations fonctionnelles, les troubles du transit liés au stress et les situations où l’on souhaite réduire la dépendance aux laxatifs. Des recherches plus larges, randomisées et contrôlées, sont nécessaires, mais les retours cliniques accumulés depuis plusieurs décennies constituent déjà une base d’expérience précieuse.
Protocoles thérapeutiques et recommandations pratiques pour praticiens
Pour que le shiatsu soit efficace dans le traitement de la constipation, il est essentiel de structurer l’accompagnement dans le temps et d’adapter les techniques au profil de chaque personne. Le praticien doit également savoir reconnaître les situations où une orientation médicale est prioritaire, et où son intervention ne peut se faire qu’en complément, voire doit être momentanément suspendue.
Durée optimale des séances et fréquence des traitements
En pratique, une séance de shiatsu destinée à travailler sur la constipation dure généralement entre 45 minutes et 1 heure. Ce temps permet d’aborder à la fois le travail général sur les méridiens (système nerveux, respiration, dos, membres) et le travail spécifique sur l’abdomen. Pour un trouble récent ou modéré, un cycle de trois séances espacées d’une semaine peut déjà apporter une amélioration sensible du transit intestinal.
Dans les cas de constipation chronique installée depuis plusieurs mois ou années, il est souvent recommandé de prévoir un protocole plus long : par exemple, 4 à 6 séances hebdomadaires ou bimensuelles, puis un espacement progressif en fonction de l’évolution. Comme pour tout travail corporel, la régularité prime sur l’intensité : quelques séances rapprochées ont plus d’impact qu’une consultation ponctuelle tous les trois mois. Entre les rendez-vous, des exercices simples (auto-massage du ventre, respiration ventrale, mobilisation douce du bassin) peuvent être proposés pour entretenir les effets.
Il est également important de tenir compte des moments de la journée et du cycle de vie de la personne. Certains patients répondent mieux à des séances en fin de journée, lorsque le corps est plus détendu ; d’autres bénéficient davantage d’un travail le matin, qui donne un « coup de pouce » au transit pour le reste de la journée. Enfin, dans une démarche préventive, un entretien par shiatsu à chaque changement de saison, comme le propose la tradition orientale, aide à éviter les rechutes, notamment à l’automne, période clé de l’élément Métal.
Contre-indications spécifiques : occlusion intestinale et pathologies inflammatoires
Même si le shiatsu est une méthode douce, certaines situations exigent une grande prudence, voire une abstention temporaire. En cas de suspicion d’occlusion intestinale (douleurs abdominales aiguës, arrêt total des gaz et des selles, vomissements, ventre très tendu et douloureux), la priorité absolue est la prise en charge médicale d’urgence. Le shiatsu abdominal est alors formellement contre-indiqué, car toute pression pourrait aggraver la situation.
Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique) nécessitent également une adaptation rigoureuse. En période de poussée inflammatoire, le travail direct sur le ventre doit être très limité, voire évité, au profit de techniques à distance (méridiens des bras et des jambes, travail respiratoire, détente globale). En phase de rémission, un shiatsu doux peut cependant accompagner la régulation du système nerveux et la gestion du stress, facteurs souvent impliqués dans les rechutes.
D’autres précautions concernent les femmes enceintes (certains points, comme Hegu, peuvent être stimulants pour l’utérus), les personnes très âgées ou fragilisées, ou encore celles souffrant de pathologies cardiaques sévères ou de troubles de la coagulation. Dans tous les cas, la règle d’or reste la même : lorsque la constipation s’accompagne de signes inhabituels (sang dans les selles, amaigrissement inexpliqué, fièvre, douleurs intenses), un avis médical est indispensable avant de commencer ou de poursuivre un protocole de shiatsu.
Combinaison avec d’autres approches : acupuncture et phytothérapie chinoise
Dans une démarche intégrative, le shiatsu se combine très bien avec d’autres outils de la médecine traditionnelle chinoise, comme l’acupuncture et la phytothérapie. L’acupuncture agit de façon très ciblée sur certains points énergétiques, avec une action parfois plus rapide sur le transit, notamment en cas de stagnation marquée ou de chaleur interne. Le shiatsu peut alors venir prolonger et harmoniser cet effet par un travail global sur le corps, le souffle et les émotions.
La phytothérapie chinoise, quant à elle, propose des formules adaptées aux différents tableaux de constipation : sécheresse des liquides, stagnation de Qi, froideur interne, faiblesse de la Rate, etc. Sous la supervision d’un praticien formé, ces plantes peuvent compléter efficacement le travail manuel, surtout lorsque la personne a des difficultés à modifier spontanément son alimentation ou ses habitudes de vie. Vous vous demandez comment choisir entre ces approches ? Bien souvent, ce n’est pas l’une ou l’autre, mais une combinaison progressive, ajustée selon les besoins.
Au-delà des outils orientaux, le shiatsu trouve également sa place aux côtés de la diététique moderne, de l’activité physique et, si nécessaire, d’un traitement médicamenteux ponctuel. L’objectif n’est pas de « remplacer » la médecine conventionnelle, mais d’offrir un cadre de soin plus large, où l’on prend en compte à la fois le corps, le mental et l’énergie. C’est dans cette complémentarité que le shiatsu révèle tout son potentiel pour accompagner les personnes constipées vers une meilleure autonomie et un confort digestif durable.
Cas d’étude et témoignages de patients traités par shiatsu anti-constipation
Les retours de terrain sont précieux pour comprendre concrètement comment le shiatsu peut transformer le vécu de la constipation. Bien qu’ils ne remplacent pas les études cliniques, ces cas d’étude illustrent la diversité des profils et montrent comment une approche énergétique et manuelle peut agir là où les solutions classiques restent parfois insuffisantes.
Marie, 42 ans, consulte pour une constipation fonctionnelle depuis plus de dix ans, aggravée par un travail sédentaire et un stress professionnel important. Elle va à la selle en moyenne une à deux fois par semaine, avec beaucoup d’efforts et une sensation de vidange incomplète. Après un entretien détaillé, le praticien identifie un vide de Rate-Pancréas associé à une stagnation du Qi du Foie et un blocage de l’élément Métal. Un protocole de six séances hebdomadaires est mis en place, associant travail sur les méridiens du Gros Intestin, du Foie et de la Rate, massage abdominal Ampuku et apprentissage de la respiration ventrale.
Au bout de trois séances, Marie rapporte un transit plus régulier (trois à quatre selles par semaine), moins de ballonnements et un sommeil amélioré. En fin de protocole, elle parvient à aller à la selle quasiment tous les jours, sans laxatifs, et décrit une sensation de « légèreté intérieure » nouvelle pour elle. Le suivi, espacé à une séance par mois pendant trois mois, permet de consolider ces résultats, en parallèle de changements progressifs dans son hygiène de vie (marche quotidienne, hydratation, pauses respiratoires au travail).
Autre exemple : Paul, 68 ans, en traitement pour un cancer de la prostate, souffre de constipation liée aux antalgiques et aux modifications hormonales. Fatigué, anxieux, il dort mal et redoute chaque passage aux toilettes. Le shiatsu est ici proposé comme soin de support, en accord avec l’équipe médicale. Le travail se concentre sur la détente globale, la réduction des tensions lombaires et pelviennes, et un massage abdominal très doux, adapté à son état.
Après deux séances, Paul note une diminution de la douleur abdominale et des épisodes de constipation un peu moins fréquents. Il ne s’agit pas ici de « guérir » la cause de sa constipation, étroitement liée au contexte thérapeutique, mais de lui redonner du confort, de réduire son anxiété et de l’aider à mieux vivre cette période difficile. Ce type de témoignage rappelle que l’efficacité du shiatsu se mesure aussi en termes de qualité de vie, de ressenti subjectif et de soutien émotionnel, dimensions essentielles dans tout trouble chronique.
Enfin, de nombreux praticiens rapportent des cas de constipations « émotionnelles » chez des personnes traversant des deuils, des séparations ou des changements de vie importants. Dans ces situations, la combinaison de pressions sur les méridiens du Métal, du Foie et de la Rate, de travail sur la respiration et d’un accompagnement bienveillant permet souvent de lever progressivement les blocages. Comme si, en redonnant du mouvement au ventre, on redonnait aussi du mouvement à la vie intérieure. Pour beaucoup, cette expérience change durablement la manière d’écouter leur corps et de prendre soin de leur système digestif au quotidien.
