# Le shiatsu pour soulager l’arthrose
L’arthrose représente aujourd’hui la pathologie articulaire la plus répandue en France, touchant près de 10 millions de personnes selon les dernières statistiques de santé publique. Cette affection dégénérative chronique provoque douleurs, raideurs et limitations fonctionnelles qui altèrent considérablement la qualité de vie quotidienne. Face aux limites des traitements conventionnels et à leurs potentiels effets secondaires, de nombreux patients se tournent vers des approches complémentaires naturelles. Parmi celles-ci, le shiatsu, technique manuelle japonaise millénaire, suscite un intérêt croissant dans l’accompagnement thérapeutique des personnes arthrosiques. Cette discipline énergétique, reconnaissant le corps comme un système interconnecté de méridiens et de points vitaux, offre une perspective unique pour atténuer les manifestations douloureuses et améliorer la mobilité articulaire.
Comprendre l’arthrose : mécanismes articulaires et processus dégénératifs
L’arthrose constitue une dégénérescence progressive de l’ensemble des structures articulaires, incluant le cartilage, la membrane synoviale et l’os sous-chondral. Ce processus pathologique débute généralement par une altération du cartilage articulaire, ce tissu conjonctif lisse qui recouvre les extrémités osseuses et permet un glissement fluide lors des mouvements. Contrairement aux idées reçues, l’arthrose ne résulte pas uniquement d’une usure mécanique liée au vieillissement.
Les mécanismes physiopathologiques impliquent des facteurs métaboliques, inflammatoires et biomécaniques complexes. Les chondrocytes, cellules responsables du maintien du cartilage, perdent progressivement leur capacité à synthétiser les protéoglycanes et le collagène de type II, composants essentiels de la matrice cartilagineuse. Parallèlement, une production excessive d’enzymes protéolytiques accélère la dégradation du cartilage. Cette détérioration entraîne une réaction inflammatoire de la membrane synoviale, qui produit alors un liquide articulaire de qualité altérée, moins visqueux et moins protecteur.
L’os sous-chondral subit également des remaniements importants avec formation d’ostéophytes, ces excroissances osseuses caractéristiques visible à l’imagerie. Les facteurs de risque incluent l’âge avancé, le surpoids qui multiplie par quatre le risque de gonarthrose, les antécédents traumatiques articulaires, certaines prédispositions génétiques et les microtraumatismes répétés observés chez les sportifs de haut niveau. La localisation varie selon les individus : mains, genoux, hanches, colonne vertébrale ou pieds constituent les zones les plus fréquemment touchées.
L’arthrose se manifeste par une triade symptomatique caractéristique : douleur mécanique aggravée par l’effort, raideur articulaire matinale limitée dans le temps, et perte progressive de mobilité pouvant évoluer vers une impotence fonctionnelle invalidante.
Principes fondamentaux du shiatsu thérapeutique selon tokujiro namikoshi
Le shiatsu trouve ses racines dans la médecine traditionnelle chinoise et japonaise, codifié au XXe siècle par des praticiens comme Tokujiro Namikoshi. Cette approche repose sur le concept fondamental que l’énergie vitale, appelée Ki en japonais ou Qi en chinois, circule dans l’organisme à travers un
flux de méridiens. Lorsque cette circulation énergétique se dérègle, apparaissent tensions, douleurs et dysfonctionnements organiques. Le shiatsu thérapeutique cherche donc à rééquilibrer le Ki en exerçant des pressions précises sur des points nommés tsubo, répartis le long de ces méridiens.
Dans l’approche de Namikoshi, le corps n’est pas seulement une somme d’articulations et de muscles, mais un ensemble cohérent où chaque zone influence les autres. Ainsi, une douleur d’arthrose du genou peut être reliée à des tensions lombaires, à une fatigue générale ou à un stress persistant. Le praticien en shiatsu ne se contente pas de « masser l’articulation », il travaille sur l’ensemble des chaînes énergétiques, musculaires et fasciales pour restaurer une meilleure harmonie globale. C’est cette vision systémique qui fait du shiatsu un outil pertinent en complément des traitements de l’arthrose.
Techniques de pression digitale sur les méridiens énergétiques
Concrètement, le shiatsu thérapeutique repose sur des pressions digitales rythmées, principalement effectuées avec les pouces, mais aussi avec les paumes, parfois les coudes ou les genoux. Contrairement à un massage classique de type californien ou suédois, il n’y a pas de glissement prolongé sur la peau : le praticien enfonce verticalement son pouce, maintient la pression quelques secondes, puis relâche progressivement. Ce travail se fait le long des méridiens énergétiques, en suivant un ordre précis adapté au terrain de chaque patient.
Pour les personnes souffrant d’arthrose, ces pressions digitales ont plusieurs objectifs : détendre les muscles périarticulaires, désengorger les zones congestionnées, et relancer la circulation énergétique et sanguine autour des articulations. Vous pouvez imaginer la pression digitale comme un « pompage » doux qui aide le corps à mieux irriguer les tissus et à évacuer les déchets métaboliques. La répétition des pressions sur un même trajet de méridien crée un effet de vague qui favorise progressivement une sensation de chaleur, de souplesse et de légèreté dans les articulations.
L’intensité des pressions est ajustée en permanence : dans les zones douloureuses ou inflammées, le praticien utilisera un toucher plus superficiel et plus bref, tandis que dans les régions de raideur chronique, les pressions pourront être plus profondes et soutenues. L’objectif n’est jamais de provoquer la douleur, mais de rester dans une zone de confort thérapeutique où le corps peut se relâcher et répondre positivement.
Localisation des points tsubo ciblés pour les articulations
Les tsubo sont des points de concentration du Ki et des zones de passage privilégiées entre la surface du corps et les structures plus profondes. De nombreux tsubo ont une action spécifique sur les articulations, qu’il s’agisse du genou, de la hanche, de la colonne ou des petites articulations des mains. Par exemple, certains points situés autour de la rotule sont réputés pour soulager la gonarthrose, tandis que d’autres, sur les faces latérales de la cuisse et de la hanche, ciblent plus particulièrement la coxarthrose.
Pour les douleurs arthrosiques, le praticien en shiatsu va souvent associer des points locaux, à proximité immédiate de l’articulation douloureuse, et des points dits « à distance », situés sur les trajets de méridiens mais parfois éloignés de la zone de douleur. Ainsi, une douleur de hanche pourra être travaillée par des points sur le pied ou sur la cheville, en lien avec le méridien concerné. Cette stratégie peut surprendre au départ, mais elle s’explique par la logique énergétique : en libérant un blocage en aval ou en amont d’une articulation, on facilite la circulation sur l’ensemble du trajet.
Au fil des séances, le praticien établit une véritable cartographie personnelle de vos tsubo les plus réactifs. Certains points deviennent des « portes d’entrée » privilégiées pour calmer l’inflammation, réduire la douleur mécanique, ou améliorer la mobilité d’une articulation arthrosique. Cette personnalisation est essentielle, car deux patients présentant la même arthrose radiologique n’auront pas nécessairement les mêmes zones de tension ni les mêmes déséquilibres énergétiques.
Protocole de palpation et diagnostic énergétique oriental
Avant même d’appliquer la moindre pression, le praticien en shiatsu réalise un bilan énergétique complet. Celui-ci combine l’écoute du patient (type de douleur, rythme, facteurs aggravants ou soulageants) et une palpation minutieuse des zones clés : abdomen, dos, articulations douloureuses, mais aussi trajets de méridiens liés. Cette palpation n’est pas un simple « repérage anatomique » : elle vise à percevoir la qualité du Ki, la présence éventuelle de zones de chaleur, de froid, de vide ou de plénitude énergétique.
Dans l’arthrose, certains schémas reviennent fréquemment : stagnation de l’énergie dans les segments touchés, froideur des extrémités, tension paravertebrale, dureté musculaire autour des articulations. Le praticien teste différents tsubo de diagnostic (par exemple sur l’abdomen ou le dos) pour clarifier le terrain général : excès d’Humidité-Froid, vide d’Énergie des Reins (souvent associé aux os et aux articulations), ou encore surcharge de méridiens liés au stress comme le Foie ou la Vésicule biliaire.
Ce diagnostic énergétique oriental permet ensuite de concevoir un protocole de séance ciblé : quels méridiens privilégier, quelles zones calmer, quelles régions tonifier. On peut le comparer à une sorte de carte météo intérieure : là où l’énergie stagne, le shiatsu va « ventiler » ; là où elle est insuffisante, il va « réchauffer » et nourrir. Pour vous, en tant que patient, ce travail préparatoire se traduit par un toucher très attentif, souvent perçu comme déjà apaisant, avant même le cœur du traitement.
Différenciation entre shiatsu traditionnel et approches modernes masunaga
Dans la pratique contemporaine, on distingue plusieurs grandes écoles de shiatsu. Le shiatsu Namikoshi, plus centré sur la dimension anatomique et neuro-musculaire, privilégie des protocoles structurés, en lien direct avec les troubles fonctionnels (comme l’arthrose du genou, de la hanche ou du rachis). Les pressions sont souvent appliquées sur des lignes correspondant aux trajets nerveux et musculaires, avec une forte attention portée au soulagement immédiat de la douleur et à la relaxation des tensions.
À côté de cette approche, le shiatsu Masunaga (ou Zen shiatsu) propose une vision élargie des méridiens et une lecture encore plus globale des déséquilibres. Les méridiens y sont prolongés sur l’ensemble du corps, ce qui permet de travailler, par exemple, une arthrose lombaire à partir de points sur l’abdomen, les jambes ou même les bras. Dans ce cadre, l’état émotionnel, la fatigue chronique et les troubles du sommeil, souvent associés aux douleurs articulaires, sont pleinement intégrés au traitement.
En pratique, de nombreux praticiens combinent aujourd’hui ces deux courants : ils s’appuient sur la rigueur anatomique héritée de Namikoshi pour cibler précisément les articulations arthrosiques, tout en utilisant la richesse énergétique de l’école Masunaga pour traiter la personne dans sa globalité. Pour vous, cela se traduit par des séances où l’on travaille à la fois directement autour de l’articulation douloureuse, et à distance, sur des zones parfois inattendues, mais qui participent à la diminution des douleurs et à un meilleur confort de vie.
Cartographie des zones de traitement shiatsu pour articulations arthrosiques
Pour que le shiatsu soit réellement efficace sur l’arthrose, il est essentiel de disposer d’une cartographie précise des zones de traitement. Chaque articulation possède ses propres points clés, mais aussi des correspondances à distance sur les méridiens. Vous vous demandez peut-être : « sur quelles zones le praticien va-t-il appuyer pour soulager mon arthrose ? » Voyons, articulation par articulation, quelles sont les principales régions ciblées.
Points de pression pour arthrose du genou : zone sanyinjiao et xiyan
Le genou est l’une des articulations les plus fréquemment touchées par l’arthrose. En shiatsu, deux zones revêtent une importance particulière : Sanyinjiao (SP6) et Xiyan (les « yeux du genou »). Sanyinjiao se situe sur la face interne de la jambe, à environ trois travers de doigts au-dessus de la malléole interne. Il représente la convergence des trois méridiens Yin du membre inférieur (Rate, Foie, Rein), tous impliqués dans la nutrition des tissus profonds, des tendons et des os.
La zone de Xiyan correspond aux creux situés de part et d’autre de la rotule, juste en dessous de celle-ci lorsque le genou est fléchi. Ces tsubo sont directement liés à la circulation du Ki et du sang localement dans l’articulation. Par des pressions bien dosées autour de Xiyan, le praticien cherche à diminuer la raideur, à réduire la sensation de « genou grippé » au lever, et à faciliter le dérouillage articulaire. L’association avec Sanyinjiao permet de travailler plus en profondeur sur le terrain énergétique de l’arthrose, notamment chez les personnes présentant un déséquilibre de l’Énergie des Reins ou de la Rate.
Lors d’une séance, le praticien pourra ainsi enchaîner : pressions circulaires douces autour de la rotule, travail plus profond sur Xiyan, puis remontée progressive sur la face interne de la jambe jusqu’à Sanyinjiao. Cette séquence agit comme un drainage global du genou, améliorant la circulation sanguine et lymphatique et réduisant la sensation de gonflement. Chez certains patients, l’ajout d’étirements passifs doux du quadriceps et des ischio-jambiers amplifie l’effet antalgique et la sensation de souplesse.
Méridiens de la vésicule biliaire pour coxarthrose de la hanche
Pour la hanche, l’approche shiatsu se concentre largement sur le méridien de la Vésicule biliaire, qui parcourt le flanc, la face latérale de la hanche, puis descend sur le côté de la cuisse et de la jambe. Dans la coxarthrose, on retrouve fréquemment des tensions importantes sur ce trajet, avec des zones douloureuses à la palpation au niveau du grand trochanter (partie latérale de la hanche) et de la bandelette ilio-tibiale.
Le praticien va travailler une série de tsubo situés autour de la hanche et sur le flanc, parfois jusqu’à la région lombaire. L’objectif est de libérer la chaîne latérale du corps, qui joue un rôle majeur dans la stabilité et la mobilité de la hanche. En pratique, cela se traduit par des pressions progressives tout le long du côté, des fessiers jusqu’au genou, combinées à des mobilisations douces de la hanche en flexion, rotation externe ou interne, selon la tolérance du patient.
Il est fréquent que les personnes souffrant de coxarthrose adoptent des postures d’évitement de la douleur, créant des déséquilibres musculaires importants. Le travail sur le méridien de la Vésicule biliaire contribue à rééquilibrer ces tensions et à redonner de la fluidité au geste de marche. En complément, certains praticiens mobiliseront aussi le méridien du Foie, également impliqué dans la gestion des tendons et dans la souplesse générale, en particulier chez les patients présentant une raideur marquée au réveil.
Techniques digitales spécifiques pour rhizarthrose du pouce
La rhizarthrose, arthrose de la base du pouce, gêne fortement les gestes du quotidien : ouvrir un bocal, tourner une clé, pincer, écrire. En shiatsu, on va combiner un travail très local sur le pouce et la base du poignet, avec un traitement plus global des méridiens du Poumon, du Gros intestin et du Cœur, qui parcourent le membre supérieur. La précision du toucher est ici essentielle, car l’articulation trapézo-métacarpienne est petite et souvent très sensible.
Le praticien commence généralement par relâcher les muscles de l’avant-bras, en particulier les fléchisseurs et extenseurs du pouce, par des pressions longitudinales et des étirements doux. Il se concentre ensuite sur les tsubo situés à la racine du pouce, sur la face dorsale et palmaire, en appliquant des pressions brèves et modérées, parfois en micro-rotations. Ce travail permet de diminuer les tensions périarticulaires et de réduire la sensation de brûlure mécanique lors des mouvements de pince.
À distance, des points situés sur l’épaule, la scapula et même la région pectorale peuvent être sollicités pour relâcher l’ensemble de la chaîne fonctionnelle du membre supérieur. De nombreux patients constatent, après quelques séances, une meilleure ouverture de la main, une prise d’objet moins douloureuse et une diminution des crises inflammatoires locales, surtout lorsque le shiatsu est associé à une ergothérapie ou à des exercices de rééducation spécifique.
Protocole cervical pour arthrose des vertèbres C5-C6-C7
L’arthrose cervicale, particulièrement au niveau des vertèbres C5-C6-C7, se manifeste par des douleurs de nuque, des maux de tête, parfois des irradiations dans les épaules et les bras. Le shiatsu propose un protocole cervical soigneux, toujours exécuté avec une grande prudence. Le travail commence souvent à distance, au niveau du haut du dos, des omoplates et des épaules, afin de relâcher les muscles trapèzes, rhomboïdes et paravertébraux qui verrouillent la région cervicale.
Une fois cette zone préparée, le praticien effectue des pressions verticales de part et d’autre des apophyses épineuses cervicales, sans jamais appuyer directement sur celles-ci. Des tsubo situés à la base du crâne (région occipitale) sont également stimulés pour améliorer la circulation sanguine vers la tête et atténuer les céphalées d’origine cervicale. Les pressions restent modérées, voire superficielles, surtout en cas de sensations de vertiges, de fourmillements ou de signes neurologiques associés.
Des mobilisations très douces peuvent être ajoutées, comme de légères inclinaisons ou rotations de la tête, toujours dans le respect absolu des limites de confort du patient. Ce protocole vise à « déverrouiller » progressivement la nuque, à diminuer les contractures réflexes liées à l’arthrose et à rendre au rachis cervical une mobilité fonctionnelle suffisante pour les gestes quotidiens : tourner la tête en conduisant, regarder vers le haut, maintenir une position assise prolongée, etc.
Effets physiologiques du shiatsu sur le cartilage et le liquide synovial
On pourrait se demander : « comment des pressions sur la peau peuvent-elles influencer des tissus profonds comme le cartilage ou le liquide synovial ? » Les recherches en physiologie manuelle montrent que les techniques de pression, de mobilisation et d’étirement ont des effets mesurables sur la microcirculation, sur la réponse inflammatoire et sur la perception de la douleur. Si le shiatsu ne peut pas « régénérer » un cartilage déjà fortement détruit, il peut toutefois contribuer à optimiser l’environnement articulaire dans lequel évolue ce cartilage.
Stimulation de la production de chondrocytes par acupression
Les chondrocytes sont les cellules spécialisées du cartilage. Leur activité est influencée par de nombreux facteurs mécaniques et biochimiques. Les pressions rythmées exercées en shiatsu s’apparentent, d’un point de vue biomécanique, à de micro-compressions-décompressions des tissus périarticulaires. Ce phénomène favorise les échanges entre le cartilage, peu vascularisé, et le liquide synovial qui le nourrit.
Des travaux sur les thérapies manuelles suggèrent que ce type de stimulation pourrait encourager une meilleure métabolisation des chondrocytes, c’est-à-dire une optimisation de leur capacité à entretenir ce qui reste de cartilage. Le but n’est pas d’affirmer que le shiatsu recrée du cartilage neuf, mais plutôt qu’il contribue à maintenir, autant que possible, la qualité des tissus encore présents, en améliorant leur micro-environnement. C’est un peu comme entretenir un terrain fragilisé : on ne peut pas faire repousser un arbre centenaire abattu, mais on peut aider les racines restantes à fonctionner au mieux.
Amélioration de la vascularisation périarticulaire et drainage lymphatique
L’un des effets les mieux documentés des massages et pressions manuelles concerne l’augmentation de la circulation sanguine dans les tissus travaillés. Autour des articulations arthrosiques, cette stimulation vasculaire est particulièrement intéressante : elle facilite l’apport d’oxygène et de nutriments aux muscles, aux tendons, à la capsule articulaire, et elle participe à l’évacuation des déchets métaboliques pro-inflammatoires.
Parallèlement, le shiatsu soutient le drainage lymphatique grâce à ses pressions répétées le long des trajets de méridiens, souvent proches des chaînes lymphatiques. Dans l’arthrose, où l’on retrouve régulièrement des phénomènes de gonflement articulaire, cet effet de drainage peut aider à diminuer la sensation de tension, de pesanteur ou d’articulation « engorgée ». C’est un peu comme si l’on améliorait le système d’évacuation d’une ville pour éviter que les rues ne se retrouvent inondées au moindre orage.
Réduction des cytokines inflammatoires IL-1 et TNF-alpha
Les douleurs arthrosiques sont en partie liées à la libération de cytokines inflammatoires comme l’IL-1 (interleukine 1) et le TNF-alpha. Bien que les études spécifiques sur le shiatsu restent encore limitées, plusieurs travaux sur les massages thérapeutiques montrent une diminution de certains marqueurs inflammatoires après des séries de séances, corrélée à une amélioration de la douleur et de la mobilité.
L’hypothèse avancée est que la stimulation mécanique contrôlée des tissus modulerait la réponse du système immunitaire local, réduisant la production chronique de cytokines délétères et favorisant la libération de médiateurs plus réparateurs. Pour la personne arthrosique, cela se traduit, au fil des séances, par des phases douloureuses moins intenses, une récupération plus rapide après l’effort, et parfois une diminution progressive de la fréquence des poussées inflammatoires.
Modulation de la perception nociceptive et neurotransmetteurs endogènes
Au-delà des effets locaux, le shiatsu agit sur la perception centrale de la douleur. Les pressions rythmées, associées à un profond relâchement du système nerveux, stimulent la libération d’endorphines, de sérotonine et d’autres neurotransmetteurs impliqués dans la régulation de la douleur et de l’humeur. C’est ce double effet, à la fois antalgique et anxiolytique, qui rend le shiatsu particulièrement intéressant pour les douleurs chroniques.
De nombreuses personnes arthrosiques décrivent un véritable « cercle vicieux » : plus la douleur est présente, plus la tension musculaire augmente, plus le sommeil se dégrade, plus la fatigue et l’humeur se détériorent, ce qui accentue encore la perception douloureuse. Le shiatsu aide à briser ce cercle en agissant simultanément sur les tensions physiques et sur l’état psychique. Vous avez sans doute déjà remarqué qu’une même douleur est plus supportable lorsque l’on est détendu et bien reposé ; le shiatsu vient précisément soutenir cet état intérieur plus apaisé.
Protocoles de séances shiatsu adaptés aux stades d’évolution arthrosique
L’arthrose évolue généralement lentement, sur plusieurs années, avec des phases de stabilisation, d’aggravation, parfois de rémission partielle. Il serait illusoire de proposer un protocole unique valable pour tous. Le praticien en shiatsu adapte la fréquence, la durée et l’intensité des séances en fonction du stade de l’arthrose, mais aussi de votre âge, de votre condition physique et de vos traitements médicaux en cours.
Fréquence et durée des sessions selon l’échelle de Kellgren-Lawrence
En radiologie, l’arthrose est souvent classée selon l’échelle de Kellgren-Lawrence, qui va du stade 1 (signes débutants) au stade 4 (atteinte sévère avec pincement articulaire important et ostéophytes massifs). Sans se substituer à ce diagnostic médical, le praticien peut s’y référer pour définir une stratégie d’accompagnement adaptée.
Dans les stades précoces (1 et 2), on recommandera souvent des séances de shiatsu préventives et d’entretien : une séance toutes les deux semaines pendant 2 à 3 mois, puis un espacement progressif à une séance par mois ou à chaque changement de saison. L’objectif est de ralentir l’évolution, de limiter l’apparition des raideurs et de maintenir une bonne mobilité.
Dans les stades plus avancés (3 et 4), notamment lorsque la douleur est quotidienne, une cure initiale plus intensive peut être proposée : une séance par semaine pendant 4 à 6 semaines, puis un ajustement selon la réponse (toutes les deux ou trois semaines). Chaque séance dure en moyenne 45 à 60 minutes, le temps nécessaire pour travailler à la fois l’articulation cible et l’équilibre énergétique global. Évidemment, ces rythmes restent indicatifs et doivent toujours être discutés au cas par cas.
Adaptation des pressions pour phases inflammatoires aiguës
Que se passe-t-il en cas de poussée inflammatoire aiguë, avec articulation chaude, rouge, très douloureuse au moindre mouvement ? Dans ce contexte, le shiatsu ne doit pas stimuler directement la zone en crise. Le praticien adapte alors profondément sa technique : pressions très légères, travail à distance, accent mis sur la détente générale plutôt que sur la mobilisation locale.
Par exemple, pour une crise d’arthrose du genou, on évitera de presser fortement autour de la rotule. On se concentrera davantage sur les hanches, le bas du dos, les pieds, voire sur les épaules et la nuque, pour apaiser le système nerveux et favoriser un relâchement global. La réduction du tonus musculaire à distance peut déjà soulager significativement la douleur ressentie au niveau de l’articulation inflammée. Une fois la phase aiguë passée, le travail local pourra être progressivement réintroduit.
Cette adaptation fine est essentielle pour ne pas aggraver les symptômes. Elle montre aussi combien le dialogue avec le praticien, avant et pendant la séance, est important : en décrivant précisément vos sensations (type de douleur, intensité, chaleur, gonflement), vous lui permettez d’ajuster immédiatement la profondeur et la localisation des pressions.
Techniques complémentaires : moxibustion et étirements passifs sotai
De nombreux praticiens intègrent au shiatsu des techniques complémentaires issues de la médecine orientale. La moxibustion, par exemple, consiste à appliquer une chaleur douce et ciblée sur certains tsubo, à l’aide de bâtons ou de cônes d’armoise. Cette technique est particulièrement indiquée dans les arthroses liées au Froid et à l’Humidité, où l’articulation est rigide, douloureuse par temps humide, et s’améliore clairement avec la chaleur.
Les étirements passifs de type Sotai représentent un autre outil intéressant. Le Sotai consiste à guider le corps vers des mouvements simples, dans le sens du confort plutôt que de la douleur, puis à laisser les tissus se rééquilibrer d’eux-mêmes. Pour l’arthrose, on proposera par exemple de légères flexions et extensions de genou, ou des mouvements doux de hanche, toujours sans forcer, dans une coordination respiratoire. Ces étirements complètent les pressions shiatsu en redonnant aux articulations une mémoire de mouvement plus fluide.
L’association shiatsu–moxibustion–Sotai offre ainsi un arsenal thérapeutique global : pression, chaleur, mouvement. Bien utilisées, ces approches peuvent optimiser les effets des traitements médicaux classiques et améliorer concrètement le confort articulaire au quotidien.
Contre-indications et précautions cliniques du shiatsu arthrosique
Même s’il s’agit d’une médecine douce, le shiatsu n’est pas dénué de précautions. Certaines situations nécessitent de différer ou d’adapter le traitement. En cas de fièvre, d’infection articulaire suspectée, de traumatismes récents (fracture, entorse grave), de phlébite ou de pathologie cardiaque instable, le shiatsu est contre-indiqué ou doit être pratiqué uniquement après avis médical. De même, sur une articulation opérée récemment (prothèse de hanche ou de genou), le protocole doit être adapté et limité dans les premiers mois.
Chez les personnes âgées très fragiles ou présentant une ostéoporose sévère, les pressions devront être particulièrement douces pour éviter tout risque de micro-traumatisme. Le praticien évitera aussi les mobilisations forcées en fin d’amplitude, notamment au niveau cervical et lombaire. Enfin, certaines maladies inflammatoires systémiques (polyarthrite rhumatoïde en phase très active, lupus sévère, etc.) exigent une grande prudence, avec un travail surtout axé sur la détente générale et le soutien du terrain, plutôt que sur la stimulation locale des articulations.
Il est donc crucial de signaler au praticien l’ensemble de vos antécédents médicaux, vos traitements en cours (notamment les anticoagulants, corticoïdes, biothérapies) et vos interventions chirurgicales passées. De son côté, le praticien en shiatsu doit connaître clairement les limites de son champ de compétence : il n’établit pas de diagnostic médical, ne modifie jamais un traitement prescrit et oriente vers le médecin traitant en cas de doute ou de symptômes inhabituels (douleur brutale, fièvre, perte de poids inexpliquée, etc.).
Synergie thérapeutique : combinaison shiatsu et traitements conventionnels anti-arthrosiques
Plutôt que d’opposer médecine conventionnelle et shiatsu, il est plus judicieux de les considérer comme complémentaires. Les traitements médicamenteux (antalgiques, anti-inflammatoires, infiltrations), la kinésithérapie, l’activité physique adaptée et, si nécessaire, la chirurgie, constituent la base de la prise en charge de l’arthrose. Le shiatsu vient s’y ajouter pour travailler sur la douleur, la raideur, la fatigue, le sommeil et le stress, autant de dimensions qui influencent directement votre qualité de vie.
Intégré à un programme global, le shiatsu peut par exemple : faciliter la participation aux séances de kinésithérapie en réduisant les douleurs préalables ; améliorer la tolérance de certains traitements en diminuant l’anxiété ; soutenir l’observance des exercices d’auto-rééducation en renforçant la motivation et le bien-être général. Il peut aussi encourager des changements d’hygiène de vie bénéfiques pour l’arthrose (perte de poids, reprise d’une activité physique douce, amélioration du sommeil), en aidant la personne à se reconnecter à ses sensations corporelles.
En pratique, la meilleure démarche consiste à informer votre médecin de votre souhait d’intégrer le shiatsu à votre prise en charge. De plus en plus de professionnels de santé reconnaissent l’intérêt des approches complémentaires bien encadrées, lorsqu’elles sont pratiquées par des praticiens formés et dans le respect des indications et contre-indications. En travaillant main dans la main, shiatsu et médecine conventionnelle peuvent offrir aux personnes arthrosiques un accompagnement plus complet, à la fois sur le plan physique, émotionnel et énergétique.
