# Le shiatsu pour corriger les troubles digestifs
Les troubles digestifs constituent aujourd’hui l’un des motifs de consultation les plus fréquents, touchant près de 40% de la population occidentale selon les dernières études. Ballonnements, reflux, constipation chronique ou syndrome du côlon irritable perturbent quotidiennement la vie de millions de personnes. Face à ces désagréments récurrents, le shiatsu offre une approche complémentaire remarquablement efficace, agissant directement sur les déséquilibres énergétiques à l’origine de ces manifestations. Cette technique manuelle japonaise, enracinée dans la médecine traditionnelle chinoise, permet de restaurer l’harmonie du système digestif en stimulant des points spécifiques le long des méridiens énergétiques. Contrairement aux traitements symptomatiques classiques, le shiatsu s’attaque aux causes profondes des dysfonctionnements digestifs, offrant ainsi des résultats durables et une amélioration significative de la qualité de vie.
Physiologie digestive et méridiens énergétiques en médecine traditionnelle chinoise
La médecine traditionnelle chinoise envisage le système digestif comme un réseau complexe d’organes interconnectés par des canaux énergétiques appelés méridiens. Cette vision holistique considère que chaque organe digestif remplit non seulement une fonction physiologique, mais joue également un rôle dans la circulation du Qi, cette énergie vitale qui traverse l’ensemble de l’organisme. Les déséquilibres digestifs résultent généralement d’un blocage, d’un excès ou d’une déficience de cette énergie dans un ou plusieurs méridiens. Le praticien shiatsu évalue ces perturbations par l’observation, la palpation abdominale et l’interrogatoire, permettant ainsi d’identifier précisément les méridiens concernés. Cette approche énergétique explique pourquoi certains troubles digestifs s’accompagnent de manifestations apparemment éloignées comme la fatigue chronique, les maux de tête ou les troubles émotionnels.
L’interconnexion entre les organes digestifs selon la théorie des cinq éléments révèle des relations subtiles souvent méconnues de la physiologie occidentale. Par exemple, le foie « contrôle » la rate-pancréas dans un cycle de régulation énergétique, ce qui explique pourquoi le stress (qui affecte le foie) peut perturber la digestion. De même, l’estomac et la rate-pancréas forment un couple fonctionnel indissociable, l’un recevant et décomposant les aliments tandis que l’autre transforme et distribue les nutriments sous forme d’énergie. Cette compréhension globale permet au praticien d’adapter son traitement en considérant non seulement les symptômes locaux, mais également les déséquilibres systémiques qui contribuent aux troubles digestifs.
Le méridien de l’estomac (E) et ses 45 points de pression
Le méridien de l’Estomac parcourt un trajet remarquablement étendu, débutant sous l’œil, descendant le long du visage, puis traversant le thorax et l’abdomen pour se terminer au deuxième orteil. Avec ses 45 points de pression répartis sur ce parcours, il constitue l’un des méridiens les plus importants pour traiter les pathologies digestives. Plusieurs points clés méritent une attention particulière dans le traitement shiatsu des troubles gastriques. Le point E25 (Tianshu), situé à deux travers de doigt de part et d’autre de l’ombilic, régule spécifiquement les fonctions intestinales et s’avère particulièrement efficace contre les ballonnements et les douleurs abdomin
s. À proximité, le point E36 (Zusanli), situé sous le genou sur la face externe de la jambe, est souvent décrit comme le « grand tonifiant » de l’organisme : il renforce l’énergie de l’Estomac, améliore l’assimilation et soutient efficacement les personnes sujettes à la fatigue digestive, aux lourdeurs après les repas ou aux naiblesses du transit. Enfin, les points situés sur la poitrine et le haut de l’abdomen, comme E19 à E21, permettent d’apaiser les nausées, les remontées acides et la sensation de nœud épigastrique, fréquente en cas de stress ou de dyspepsie fonctionnelle. En shiatsu, le travail sur le méridien de l’Estomac s’effectue autant en local, sur l’abdomen, que sur les segments distaux (jambes, visage), afin de réharmoniser l’ensemble du trajet énergétique et non un seul point isolé.
Le méridien de la Rate-Pancréas (RP) et la transformation des aliments
Le méridien de la Rate-Pancréas joue un rôle central dans la transformation des aliments en énergie utilisable par le corps. En médecine traditionnelle chinoise, on dit que la Rate « gouverne le transport et la transformation », c’est-à-dire qu’elle extrait l’essence nutritive des aliments et des boissons pour la distribuer à l’ensemble des tissus. Lorsque ce méridien est affaibli, on observe typiquement des symptômes tels que ballonnements après les repas, lourdeur des membres, tendance à la diarrhée ou au contraire à une constipation avec selles molles, mais aussi fatigue chronique et difficulté de concentration. Sur le plan émotionnel, une Rate-Pancréas en déséquilibre est souvent associée à la rumination mentale, à l’inquiétude excessive et à un appétit irrégulier.
Le trajet du méridien de la Rate démarre au gros orteil, remonte la face interne de la jambe, longe l’abdomen et se termine au niveau du thorax. Parmi ses points majeurs, RP6 (Sanyinjiao), situé au-dessus de la malléole interne, est un point de croisement de trois méridiens yin de jambe (Foie, Rein, Rate) et constitue une clé dans de nombreux protocoles pour les troubles digestifs chroniques. Il tonifie la Rate, harmonise le bas-ventre et agit sur la sphère gynécologique, ce qui en fait un point privilégié pour les ballonnements prémenstruels accompagnés de gêne digestive. RP3 et RP4, plus bas sur le pied, renforcent la capacité de la Rate à transformer les aliments et à dissiper l’Humidité, cette stagnation énergétique qui se manifeste par une sensation de lourdeur, de gonflement et de lenteur digestive. En séance de shiatsu, la pression sur ces points se fait de manière progressive et profonde, souvent associée à un travail global sur la face interne des jambes, afin de soutenir durablement la fonction de transformation.
Le méridien du gros intestin (GI) et l’élimination des déchets
Si l’Estomac et la Rate assurent respectivement la réception et la transformation des aliments, le méridien du Gros Intestin est, lui, chargé de l’étape finale : l’élimination des déchets. Selon la médecine traditionnelle chinoise, un bon transit intestinal est le reflet d’un Qi du Gros Intestin fluide et bien régulé. Lorsque ce méridien est perturbé, apparaissent constipation, alternance diarrhée–constipation, douleurs abdominales diffuses ou encore sensation d’évacuation incomplète. Ces manifestations ne sont pas seulement mécaniques : elles traduisent aussi parfois une difficulté à « lâcher prise », à se défaire de ce qui n’est plus utile, qu’il s’agisse de déchets physiques ou de charges émotionnelles.
Le méridien du Gros Intestin commence à l’index, remonte le bras, l’épaule, le cou et se termine à l’aile du nez. On comprend ainsi pourquoi des désordres digestifs peuvent s’accompagner de nez bouché, de maux de tête frontaux ou de douleurs de l’épaule. GI4 (Hegu), situé entre le pouce et l’index, est l’un des points les plus utilisés en shiatsu pour favoriser la circulation du Qi, soulager les douleurs et réguler les fonctions d’élimination. Couplé à un travail sur la zone lombaire et sacrée, il contribue à relancer la motricité intestinale et à diminuer les crampes. Sur le tronc, des points en relation avec le trajet interne du méridien, comme ceux situés en regard du cadre colique, sont palpés et stimulés en douceur, intégrés dans un protocole plus global pour améliorer le transit intestinal. Ce lien entre main, épaule et intestins illustre bien la logique de réseau propre à la pensée énergétique orientale.
Le méridien du foie (F) et la régulation du qi digestif
Le méridien du Foie est souvent la pièce manquante du puzzle lorsqu’on aborde les troubles digestifs liés au stress. En MTC, le Foie est chargé d’assurer la libre circulation du Qi dans tout l’organisme. Lorsqu’il est bloqué, le Qi stagne et vient perturber l’Estomac, la Rate et les Intestins, générant des symptômes comme les ballonnements, les douleurs abdominales migrantes, les éructations, l’alternance diarrhée–constipation ou encore la fameuse « boule dans la gorge » après un choc émotionnel. Sur le plan émotionnel, ce déséquilibre se manifeste par de l’irritabilité, des sautes d’humeur, voire des accès de colère difficilement contenus.
Le trajet du méridien de Foie longe la face interne de la jambe, traverse l’aine et se projette dans la région abdominale et thoracique. Le point F3 (Taichong), situé sur le dessus du pied, est particulièrement réputé pour dissiper la stagnation de Qi du Foie, apaiser les tensions et calmer l’agitation interne qui perturbe la digestion. Associé aux points de la Rate et de l’Estomac, il permet de traiter les troubles digestifs d’origine émotionnelle, comme le syndrome du côlon irritable déclenché par des situations de stress ou d’anticipation. En shiatsu, un travail spécifique sur le méridien du Foie, combinant pressions, étirements doux et mobilisations articulaires de la hanche, aide à « déplier » ces tensions accumulées et à rétablir une circulation fluide du Qi digestif. Comme un embouteillage qui se résorbe, les symptômes intestinaux diminuent à mesure que l’énergie se remet à circuler.
Protocoles shiatsu spécifiques pour le syndrome du côlon irritable
Le syndrome du côlon irritable (SCI) touche entre 10 et 15 % de la population adulte dans les pays occidentaux, avec une prédominance chez les femmes. Cette affection fonctionnelle se caractérise par des douleurs abdominales, des ballonnements, des troubles du transit (diarrhée, constipation ou alternance des deux) sans lésion organique identifiable. C’est justement parce que le SCI est un trouble de la régulation plutôt qu’une maladie structurelle que le shiatsu trouve toute sa place en complément de la prise en charge médicale. En agissant sur les méridiens de l’Estomac, de la Rate, du Gros Intestin et du Foie, le praticien cherche à harmoniser la motricité intestinale, à diminuer l’hypersensibilité viscérale et à apaiser le terrain émotionnel souvent associé.
Pression palmaire sur les points zusanli (E36) et tianshu (E25)
Dans un protocole shiatsu pour le côlon irritable, les points Zusanli (E36) et Tianshu (E25) constituent une base incontournable. E36, situé sur la face antéro-externe de la jambe, à quatre travers de doigt sous le bord inférieur de la rotule, est reconnu pour renforcer l’énergie digestive, améliorer la capacité de l’intestin à propulser le bol alimentaire et diminuer la fatigue générale qui accompagne souvent les troubles digestifs chroniques. E25, localisé de part et d’autre de l’ombilic, agit plus directement sur la régulation du côlon : il calme les spasmes, atténue les ballonnements et harmonise le transit, qu’il soit ralenti ou accéléré.
Concrètement, le praticien place d’abord ses paumes sur les points E36 de chaque jambe, en exerçant une pression verticale, lente et régulière, accompagnée par une respiration profonde et silencieuse. Cette pression palmaire, plus enveloppante que la pression digitale, permet d’installer une sensation de soutien et de sécurité, essentielle pour des personnes souvent hypervigilantes à leurs sensations internes. Ensuite, il se positionne au niveau de l’abdomen et place ses mains sur les points E25, en veillant à respecter le confort de la personne. Les pressions sont appliquées en douceur, de manière rythmée, parfois en alternance droite/gauche afin de relancer la mobilité du cadre colique. Avec le temps, vous pouvez ressentir une chaleur diffuse, des gargouillements ou un relâchement profond : autant de signes que l’énergie se remet à circuler.
Techniques de rotation abdominale selon la méthode namikoshi
La méthode Namikoshi, l’une des grandes écoles de shiatsu japonais, accorde une importance particulière au travail mécanique sur l’abdomen grâce à des rotations abdominales douces. Pour le syndrome du côlon irritable, ces rotations suivent le trajet anatomique du côlon (ascendant, transverse, descendant), mais s’intègrent aussi dans la cartographie énergétique de la région ventrale. L’objectif est de favoriser un mouvement souple des anses intestinales, de diminuer la sensibilité à la distension et d’améliorer la perception corporelle de cette zone souvent crispée.
En pratique, la personne est allongée sur le dos, vêtue, les genoux éventuellement légèrement fléchis pour relaxer la paroi abdominale. Le praticien place le plat de ses mains sur le ventre et effectue de petits mouvements de rotation, dans le sens des aiguilles d’une montre, en suivant le cadre colique. La pression est ajustée en permanence en fonction du ressenti : on pourrait la comparer au pétrissage lent d’une pâte que l’on ne veut ni écraser ni laisser s’effriter. Ces rotations, répétées plusieurs minutes, aident le système nerveux entérique à se « reprogrammer » vers un mode plus calme. Combinées à une respiration profonde, elles contribuent à réduire les épisodes de spasmes et la sensation de ventre tendu comme un ballon.
Mobilisation du méridien conception (ren mai) pour apaiser les spasmes
Le méridien Conception (Ren Mai), qui chemine sur la ligne médiane à l’avant du corps, traverse toute la région abdominale. En shiatsu, sa stimulation est particulièrement intéressante pour les personnes souffrant de spasmes intestinaux et de douleurs diffuses dans le bas-ventre. En agissant sur ce vaisseau extraordinaire, le praticien ne travaille pas seulement sur un organe isolé, mais sur l’axe fonctionnel global de la sphère digestive et génito-urinaire.
La mobilisation de Ren Mai se fait par une succession de pressions douces le long de la ligne médiane, depuis le dessous du sternum jusqu’au pubis. Le praticien peut utiliser ses pouces, ses paumes ou même le bord de la main, selon la sensibilité de la personne. Les points situés au niveau du nombril et en dessous (VC8, VC6, VC4) sont particulièrement impliqués dans la régulation du Qi du bas-ventre et des intestins. Pour le syndrome du côlon irritable, la pression n’est jamais brutale : elle s’installe progressivement, se maintient quelques secondes, puis se relâche tout aussi progressivement, à l’image d’une vague qui vient, enveloppe et repart. Cette stimulation douce envoie au système nerveux un message de détente et de sécurité, ce qui, avec le temps, diminue la réactivité spasmodique du côlon.
Drainage lymphatique abdominal par pressions glissées
Dans de nombreux cas de SCI, les ballonnements et la sensation de pesanteur ne sont pas uniquement liés aux gaz, mais aussi à une stagnation des liquides et à une circulation lymphatique sous-optimale. Le shiatsu peut alors intégrer des pressions glissées inspirées du drainage lymphatique, adaptées à la logique des méridiens. Ces manœuvres légères, effectuées à la surface de l’abdomen, servent à évacuer l’« Humidité » au sens énergétique, mais aussi à stimuler physiologiquement la circulation des liquides.
Le praticien place ses mains de part et d’autre de l’abdomen et effectue des mouvements de glissement vers les zones de drainage naturelles, comme les creux inguinaux. La pression est faible, la vitesse lente, de sorte que la peau se déplace légèrement sous les mains sans jamais être irritée. Ces pressions glissées sont souvent combinées à quelques points plus spécifiques sur les méridiens de la Rate et du Gros Intestin, créant ainsi un pont entre travail énergétique et approche plus moderne de la gestion des ballonnements et œdèmes abdominaux. De nombreux receveurs rapportent, après ce type de séance, une sensation de ventre plus léger, une silhouette moins gonflée et un confort intérieur accru.
Traitement shiatsu de la dyspepsie fonctionnelle et des reflux gastro-œsophagiens
La dyspepsie fonctionnelle et les reflux gastro-œsophagiens font partie des plaintes digestives les plus fréquentes en consultation. Sensation de lourdeur après les repas, brûlures d’estomac, remontées acides, nausées ou gêne derrière le sternum affectent la qualité de vie et altèrent parfois le sommeil. Dans la majorité des cas, les examens médicaux sont rassurants, mais les symptômes persistent, souvent aggravés par le stress ou des habitudes alimentaires inadaptées. Le shiatsu propose alors un accompagnement complémentaire pour apaiser l’Estomac, réguler le Qi ascendant et relâcher les tensions mécaniques au niveau du diaphragme et de la cage thoracique.
Stimulation des points zhongwan (VC12) et shangwan (VC13)
Les points Zhongwan (VC12) et Shangwan (VC13), situés sur le méridien Conception, sont deux repères essentiels pour traiter les troubles de l’Estomac. VC12, localisé à mi-distance entre l’ombilic et le rebord inférieur du sternum, est traditionnellement considéré comme le « centre de l’Estomac ». Il harmonise la fonction de réception et de descente des aliments, calme les nausées, les éructations et la sensation de trop-plein. Juste au-dessus, VC13 agit plus spécifiquement sur les reflux gastro-œsophagiens en aidant à inverser le mouvement de Qi qui a tendance à remonter.
En séance de shiatsu, la stimulation de ces points se fait généralement avec la pulpe des pouces ou la paume de la main, en pression verticale douce et maintenue. Le praticien veille à ce que la personne respire calmement, bouche fermée, en laissant le ventre se soulever à l’inspiration et s’abaisser à l’expiration. Vous pouvez imaginer que chaque pression vient « lisser » les irritations internes et ramener le contenu de l’Estomac à sa place. Ce travail est particulièrement pertinent le soir, chez les personnes qui ressentent des brûlures nocturnes ou une gêne en position allongée. Associé à quelques conseils d’hygiène alimentaire, il contribue souvent à réduire la fréquence et l’intensité des épisodes de reflux.
Libération du diaphragme par pressions costales bilatérales
On oublie souvent que le diaphragme, ce grand muscle respiratoire, joue un rôle majeur dans les troubles digestifs hauts. Un diaphragme contracté peut comprimer l’Estomac, favoriser les remontées acides et perturber la coordination entre respiration et digestion. Le shiatsu intègre donc un travail spécifique sur cette zone, en utilisant des pressions bilatérales sous les côtes et le long des insertions musculaires.
La personne est installée en décubitus dorsal, les bras relâchés. Le praticien place ses doigts ou ses pouces juste sous les arcs costaux, de chaque côté, et exerce une pression douce dirigée vers l’intérieur et légèrement vers le haut, en synchronisation avec l’expiration. À l’inspiration, la pression est relâchée pour laisser le diaphragme se déployer librement. Répété plusieurs cycles, cet exercice invite le diaphragme à retrouver un mouvement ample et souple, un peu comme si l’on déroulait un ressort comprimé depuis longtemps. Vous pouvez ressentir une libération dans la poitrine, mais aussi une détente émotionnelle, car le diaphragme est une véritable « plaque tournante » entre le monde des émotions et la sphère digestive. En libérant cette zone, on offre à l’Estomac plus d’espace et de mobilité, ce qui participe à la diminution des reflux et des tensions épigastriques.
Équilibrage du méridien du Maître-Cœur (MC) contre les nausées
Le méridien du Maître-Cœur (ou Péricarde, MC) est étroitement lié au système nerveux autonome et à la régulation émotionnelle. Dans les nausées d’origine fonctionnelle, qu’elles soient liées au stress, à l’angoisse ou à une hypersensibilité digestive, son équilibrage s’avère particulièrement utile. Le point MC6 (Neiguan), situé à trois travers de doigt au-dessus du pli du poignet, entre les deux tendons, est d’ailleurs bien connu dans de nombreuses cultures pour soulager les nausées et le mal des transports.
Le praticien shiatsu peut travailler MC6 sur les deux avant-bras, en pression digitale progressive et rythmée, parfois associée à de légères rotations du poignet. Cette stimulation envoie un signal au système nerveux qui contribue à calmer la réponse de stress et à stabiliser les sensations de haut-le-cœur. Dans la logique de la MTC, Maître-Cœur protège le Cœur des agressions émotionnelles ; en le soutenant, on diminue l’impact des émotions sur l’Estomac. Un protocole complet pour la dyspepsie fonctionnelle inclut donc fréquemment ce méridien, créant un pont entre sphère émotionnelle et sphère digestive. Vous voyez ici comment, en shiatsu, le travail sur les points d’acupression pour les troubles digestifs ne se limite pas au ventre, mais intègre l’ensemble du corps.
Applications cliniques pour la constipation chronique et la motricité intestinale
La constipation chronique touche jusqu’à 20 % de la population, avec une nette majorité de femmes et de personnes âgées. Elle peut être source de douleurs, de ballonnements, de fatigue, mais aussi d’inconfort psychologique et de gêne sociale. Quand les examens médicaux ont écarté une cause organique grave, le shiatsu offre une approche globale pour relancer la motricité intestinale, diminuer la tension de la paroi abdominale et aider la personne à reprendre confiance en ses capacités d’élimination naturelle. L’enjeu n’est pas seulement de « faire aller à la selle », mais de restaurer un rythme plus harmonieux entre remplissage, progression et évacuation.
Activation péristaltique par pressions séquentielles sur le cadre colique
Une des techniques privilégiées en shiatsu pour la constipation consiste à appliquer des pressions séquentielles le long du cadre colique, dans le sens physiologique du transit. Imaginez que vous accompagnez, point par point, le cheminement des matières depuis le cæcum jusqu’au rectum, comme on presse doucement le contenu d’un tuyau souple pour en faciliter la progression. Cette approche à la fois mécanique et énergétique vise à stimuler le péristaltisme, ces contractions rythmiques de l’intestin qui permettent la progression du contenu.
Installée sur le dos, la personne reçoit des pressions digitales ou palmaires autour de l’ombilic, en suivant un tracé en « rectangle » : on commence dans la fosse iliaque droite (côlon ascendant), on remonte vers l’hypochondre droit, on traverse l’abdomen vers la gauche (côlon transverse), puis on redescend vers la fosse iliaque gauche (côlon descendant et sigmoïde). Chaque pression est maintenue quelques secondes, puis relâchée avant de passer au point suivant, créant un mouvement ondulatoire régulier. En plus de l’effet direct sur la motricité, ce travail permet à la personne de mieux sentir son intestin, de développer une perception plus fine de son ventre et de diminuer l’appréhension souvent associée au moment d’aller aux toilettes.
Stimulation des points tianshu (E25) et dachangshu (V25)
Pour la constipation, l’association des points Tianshu (E25) sur l’abdomen et Dachangshu (V25) dans la région lombaire constitue un axe de traitement particulièrement efficace. E25, nous l’avons vu, régule la fonction intestinale en agissant directement sur le Qi du Gros Intestin. V25, situé de part et d’autre de la colonne, au niveau de la deuxième vertèbre lombaire, est considéré comme le point Shu du dos du Gros Intestin : il permet de tonifier ou de disperser l’énergie de cet organe selon le besoin.
Le praticien commence souvent par travailler V25 en position ventrale, en plaçant ses pouces ou ses paumes de part et d’autre de la colonne et en exerçant des pressions descendantes, parfois combinées à de petites oscillations du bassin. Ce travail sur la région lombaire aide à relâcher les tensions musculaires profondes qui peuvent gêner l’innervation de l’intestin. Ensuite, en position dorsale, il stimulera E25 avec une attention particulière à la qualité tissulaire (dureté, sensibilité, froid ou chaleur). Cette combinaison face/dos crée une sorte de « pompe énergétique » entre les deux plans du corps, renforçant la capacité de l’intestin à mobiliser son contenu et à retrouver une régularité plus naturelle.
Techniques de kenbiki pour relâcher les tensions abdominales profondes
Les techniques de Kenbiki, issues de l’ostéo-japonaise, sont des manœuvres de micro-mobilisations et de tractions douces qui agissent en profondeur sur les tissus musculaires et fasciaux. Dans la constipation fonctionnelle, il n’est pas rare que la paroi abdominale soit rigide, contractée, comme si le corps cherchait à se protéger. Cette rigidité peut à son tour entraver les mouvements naturels des intestins. Le Kenbiki vise à redonner de la souplesse à ces tissus, à « déplier » les adhérences subtiles et à permettre aux organes de glisser plus librement les uns par rapport aux autres.
Concrètement, le praticien saisit délicatement des plis de peau et de tissu sous-cutané sur l’abdomen, puis les mobilise dans différentes directions (haut, bas, rotation), en respectant toujours le seuil de confort de la personne. D’autres techniques consistent à effectuer de très légers étirements transversaux entre deux mains placées à distance, un peu comme si l’on cherchait à aérer une toile trop tendue. Ces manœuvres, bien que très douces, peuvent produire une profonde sensation de libération, parfois accompagnée de borborygmes (bruits intestinaux) ou d’un besoin d’aller à la selle dans les heures qui suivent la séance. En complément des pressions sur les méridiens, le Kenbiki offre une dimension structurelle précieuse dans la prise en charge des problèmes de motricité intestinale.
Protocole du shiatsu du ventre selon masunaga pour la régularité intestinale
Le maître Shizuto Masunaga a développé une approche du shiatsu centrée sur le Hara, la région abdominale considérée comme centre énergétique de l’être. Son protocole de shiatsu du ventre est particulièrement adapté aux troubles du transit, car il combine une palpation diagnostique fine et des séquences de traitement ciblées. L’idée est de percevoir, sous les mains, les zones de plénitude (tensions, chaleur, dureté) et de vide (froideur, mollesse, manque de tonus) pour adapter la qualité de la pression et rééquilibrer l’ensemble du paysage énergétique abdominal.
En pratique, le praticien explore les différentes zones du Hara en quadrillant l’abdomen selon la cartographie Masunaga, où chaque secteur correspond à un méridien ou à un organe (Estomac, Rate, Gros Intestin, Foie, Rein, etc.). Il repère les points sensibles ou réactionnels, puis y revient dans un deuxième temps pour appliquer des pressions prolongées, des micro-rotations ou des vibrations légères. Pour la constipation chronique, le travail mettra souvent l’accent sur les zones liées à la Rate-Pancréas et au Gros Intestin, mais aussi sur le Rein, associé à la volonté et à la capacité d’« aller de l’avant ». Ce protocole favorise non seulement la régularité intestinale, mais aussi un meilleur ancrage corporel et une relation plus sereine à son ventre, qui cesse d’être vécu comme un ennemi pour redevenir un allié.
Contre-indications et précautions dans les pathologies digestives sévères
Si le shiatsu est une pratique douce et généralement bien tolérée, il ne doit jamais se substituer à un suivi médical, en particulier lorsqu’il existe des pathologies digestives sévères. Certaines situations imposent de reporter ou d’adapter le traitement : douleurs abdominales aiguës d’origine inconnue, suspicion d’appendicite, occlusion intestinale, diverticulite en phase aiguë, hémorragies digestives, cancers en cours de bilan, maladies inflammatoires chroniques de l’intestin lors des poussées graves, ou encore état fébrile important associé à des douleurs de ventre intenses. Dans ces cas, la priorité absolue reste l’avis médical et les examens nécessaires.
Pour les maladies digestives chroniques diagnostiquées (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique, maladie cœliaque, ulcères gastriques, cirrhose…), le shiatsu peut être envisagé en complément, mais avec des précautions de pression et de durée. Le praticien évitera les pressions profondes sur les zones inflammatoires ou douloureuses, privilégiera des manœuvres légères, plus éloignées de la région atteinte, et veillera à ne pas fatiguer une personne déjà très affaiblie. Il est essentiel que vous informiez votre praticien de votre diagnostic, de vos traitements en cours (notamment anticoagulants, corticoïdes, immunosuppresseurs) et de tout changement récent de symptômes. Un dialogue ouvert avec le médecin traitant ou le gastro-entérologue peut d’ailleurs être très bénéfique pour coordonner les approches.
Enfin, certaines situations particulières comme la grossesse, les suites de chirurgie abdominale récente ou la présence de hernies imposent d’adapter le protocole. En début de grossesse, on évitera par exemple les pressions fortes sur l’abdomen et certains points réputés stimulants pour l’utérus, au profit d’un travail plus global de relaxation et de régulation du stress. Après une opération, une période de cicatrisation suffisante est nécessaire avant d’envisager un travail sur le ventre, et celui-ci sera d’abord très léger, centré sur la respiration et les zones périphériques. En respectant ces limites, le shiatsu conserve sa place d’outil complémentaire de bien-être, sécurisant et respectueux de l’intégrité de chacun.
Synergie shiatsu et modifications alimentaires selon les principes énergétiques
Pour optimiser les résultats d’un traitement shiatsu des troubles digestifs, il est souvent pertinent d’y associer des ajustements alimentaires inspirés de la médecine traditionnelle chinoise. En MTC, les aliments ne sont pas seulement classés selon leurs nutriments, mais aussi selon leur nature (froid, frais, neutre, tiède, chaud), leur saveur (sucré, amer, acide, piquant, salé) et l’organe qu’ils soutiennent en priorité. Une alimentation trop froide ou crue, par exemple, aura tendance à affaiblir la Rate-Pancréas et à favoriser les ballonnements, les selles molles et la fatigue. À l’inverse, une alimentation excessive en graisses, alcool et plats très épicés peut surchauffer l’Estomac et le Foie, alimentant les brûlures, les reflux et l’irritabilité.
Dans une logique de rééquilibrage digestif, le praticien shiatsu pourra vous proposer des conseils simples, comme privilégier les aliments cuits à la vapeur douce ou mijotés, réduire les sucres rapides et les produits ultra-transformés, ou encore veiller à la régularité des repas. Pour les personnes sujettes à la constipation, l’augmentation progressive des fibres solubles (fruits cuits, légumes, céréales complètes bien tolérées) associée à une bonne hydratation et à une mastication plus consciente peut faire une réelle différence. En cas de dyspepsie ou de reflux, fractionner les repas, éviter de dîner trop tard, limiter café, alcool et aliments acides ou gras en soirée s’avère souvent bénéfique. Ces recommandations sont ajustées au cas par cas, en respectant les goûts, le mode de vie et les éventuelles contraintes médicales (allergies, intolérances, pathologies spécifiques).
Au-delà du « quoi manger », la manière de manger joue un rôle central. En MTC, on dit que la Rate n’aime ni l’excès de réflexion ni la précipitation : manger devant un écran, en travaillant ou dans un contexte conflictuel perturbe la digestion aussi sûrement qu’un excès de gras ou de sucre. Le shiatsu, en réduisant le stress et en vous aidant à vous reconnecter à vos sensations corporelles, facilite l’adoption de nouvelles habitudes alimentaires plus sereines. Progressivement, vous pouvez apprendre à reconnaître la vraie faim, la satiété, et à distinguer l’envie de manger liée à l’émotion de celle qui répond à un besoin réel. Cette alliance entre travail corporel et ajustements alimentaires constitue une véritable stratégie de fond pour corriger durablement les troubles digestifs plutôt que de se contenter de masquer les symptômes.
En définitive, la synergie entre shiatsu et alimentation énergétique vous invite à devenir acteur de votre santé digestive. Le praticien vous accompagne, vous guide, mais c’est vous qui, au fil des séances, ressentez plus finement ce qui vous convient ou non. Comme un jardinier qui apprend à connaître son sol pour mieux le nourrir, vous apprenez à écouter votre ventre, à lui offrir des aliments et des rythmes qui le respectent, tandis que le shiatsu veille à ce que l’énergie circule harmonieusement. C’est dans cette collaboration entre toucher, respiration, mouvement et assiette que se construit, jour après jour, un confort digestif plus stable et un bien-être global retrouvé.
